Crédit photo: Maxime Cormier

Nelly, Sylvia, Evelyne, Alice et toutes les autres

La soirée d’ouverture du Festival international de la littérature a été confiée à Claudia Larochelle, qui en hommage à son amie Nelly Arcan, a imaginé un échange posthume avec la poète américaine Sylvia Plath, décédée également par suicide dans sa trentaine. On découvre des femmes semblables et différentes à la fois, intemporelles et figées dans leurs luttes.

Si on n’a jamais tenu entre ses mains les mots d’Arcan et de Plath, cette mise en lecture signée Alexia Bürger est une rencontre émotionnellement troublante. Si comme moi, l’aura de ces femmes a accompagné votre vingtaine, entendre ce déversement de parole est comme les rencontrer pour la première fois. On ressent la même brûlure de conscience.

Ce devoir de transmission que s’est donné Claudia Larochelle était nécessaire, car ces œuvres méritent énormément plus que le sort de l’invisibilité. On imagine le vertige de plonger à nouveau dans ces mots, de les mettre en miroir, sans que les uns soient les exacts reflets des autres, de les faire exister dans ce temps pour lequel ils semblent avoir été écrits.

@ Maxime Cormier

Entendre Evelyne Brochu et Alice Pascual dire et êtreces deux absentes, c’est découvrir la tempête calme qu’était Sylvia Plath et la violente secousse qu’était Nelly Arcan, avec ses mots qui rentrent dedans. Le travail de collage n’a nullement assimilé les deux voix pour n’en faire qu’une, mais les ont rendues si distinctes. Emprisonnées dans leurs carcans respectifs, elles ont parlé de la douleur, de la violence des hommes et de la peur des autres femmes, de la mort, de la condition féminine, de leur statut d’écrivaines. Tout de cela dans des postures uniques et avec un tempérament bien à elles.

Bien sûr, ça aurait été imperceptible sans l’appropriation de ce langage par les deux excellentes comédiennes. Leur présence est soulignée par une sobriété efficace dans les jeux de lumières, les déplacements et les projections au mouvement à peine visible. Elles aussi sont dans la trentaine, cat âge vénérable où la naïveté est cassée me disait Claudia Larochelle.

Une idée persistante a traversé la lecture de ces textes qui s’entrecroisent et se répondent. Malgré la solidarité qu’entretiennent leurs mots, Nelly et Sylvia se seraient-elles aimées comme des sœurs ? J’aime penser que oui, même si notre société a toujours eu une facilité déconcertante à nourrir les rivalités entre les femmes et à les dresser en ennemies.

Devant un public à majorité féminine – comme si ces mots ne concernaient pas les hommes – Nelly Arcan et Sylvia Plath ont pu léguer de nouveau un peu d’espoir. Malgré la noirceur inhérente à leurs œuvres et à leurs expériences de vie, Claudia Larochelle a fait ressortir quelques traces de lumière. Leur héritage réside dans ces élans et dans les luttes qu’elles incarneront pour toujours. Pour Evelyne, Alice, Claudia, Alexia et toutes les autres.

Nelly & Sylvia
Cinquième salle – 20 et 21 septembre

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