Crédit photo: Guy Oberson

Mère et fille: transmettre par la parole

Ce petit roman de la franco-canadienne Nancy Huston paru en août en dernier chez Leméac, d’à peine une soixantaine de pages, se lit le temps d’un trajet maison-boulot. Ou l’inverse. Une lecture fulgurante et sensible qui prendra une tout autre forme dans le cadre du Festival international de la littérature (FIL) le 21 septembre prochain.

« Sois toi-même, même à terre », voici ce qu’Ariane, cette intello/écrivaine écrit à sa fille dans une longue lettre dans laquelle le personnage se dévoile entièrement. Ariane sait qu’elle va mourir et qu’elle doit  transmettre quelque chose. L’intention du personnage réside dans son devoir du legs, ce besoin de préparer sa fille à l’après de sa disparition. Empruntant aux codes du théâtre, le texte, découpé en neuf scènes, place l’écrivaine dans son bureau où « s’entassent livres, cahiers, lettres et paperasses ». 

Cette conversation intime qui s’adresse à Elyria, 13 ans, est une rencontre et une déconstruction de l’image figée de la mère qui ne peut plus être parfaite. Elle se révèle tout le contraire et surtout humaine. Loin de l’icône cadenassée dans les pressions sociétales et patriarcales. « Je voudrais te laisser un portrait de… pas moi-ta-mère, mais de…moi-une-femme. » 

À travers cette parole livrée par à coups, ponctuée  de lecture en simultané d’anciens carnets, elle s’exprime sur la féminité, la sexualité et bien sûr la maternité, cette félicité. Il s’agit d’une femme pour qui la grossesse est une galère sans que ce soit l’antonyme d’un amour inconditionnel. Pour qui « l’amour est comme Dieu, [elle] le préfère au pluriel ».

Elle met aussi en garde sa fille contre la violence des hommes et du monde, des souffrances de n’être qu’un corps. On découvre une femme complexe, dont le « leitmotiv de l’existence est l’obligation d’y renoncer. » Du moins dans un temps passé. Aujourd’hui, dans ce long aveu, on sent la peur de mourir, et le regret de pas avoir la chance de connaître la suite de la vie de son enfant. Elle lui offre malgré tout, une « une formation en accélérée de vie-de-femme ».  

La création et l’intertextualité abondent dans le texte. « Moi, pour ne pas oublier mes douleurs, je les ai écrites. » Le personnage étant écrivaine, réfléchit à l’acte d’écriture, exutoire salutaire. Les anciens textes qui viennent enrichir cette confession sont un lien avec le passé et feront partie, imagine-t-on, de l’héritage. L’auteure puise jusque dans la mythologie grecque: La plainte d’Astérios est une déviation vibrante dans ce récit à vif.  

Dans le cadre du FIL, ces mots touchants prendront vie sur scène au Théâtre Outremont avec l’actrice Pascale Bussières comme narratrice. La mise en lecture est signée par Jennifer Alleyn, grande amie de Nancy Huston. 

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