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Le lexique de l’expérience sonore

Initié par Magnéto, le Festival Résonance revient pour une troisième édition du 6 au 8 septembre, célébrant cet art qu’on a embrassé avec ferveur ces dernières années : la balado. Dans cette discipline nous dit Marie-Laurence Rancourt, cofondatrice de Magnéto, la création radiophonique s’élève comme courant possédant son propre langage, une forme d’écriture (invisible) et pourtant bien présente.

La balado, c’est avant tout un format audio, une catégorie très large relève Marie-Laurence. Dans cette discipline, Magnéto pose son identité, sa posture politique et esthétique dans le registre de la création. Comme la littérature, elle impose des codes de langage. « Plus on s’exerce au métier, plus on découvre des liens de parenté entre le fait d’écrire, de s’entretenir avec des gens, de faire du montage, il y a toute une grammaire de la radio. Les sons deviennent des mots, l’assemblage des sons deviennent des phrases. »

De cette écriture dématérialisée, émergent de nouvelles façons de « raconter des histoires, de raconter des gens et de porter des voix uniquement avec des sons. »« C’est un médium à part entière, donc ça guide tout. Il y a plusieurs auteurs qui vont dire que le sujet impose sa forme en littérature. En radio aussi, on réfléchit aussi de cette manière, mais il faut être conscient de ce avec quoi on travaille. Ce n’est pas avec une plume et un papier, mais avec un micro. »

Il s’est observé une sorte de renaissance de la création radio, mais la discipline a soif de légitimation, car la radio a ses théoriciens, ses écoles et ses courants. « La mission de Magnéto est faire reconnaître la création radiophonique, mais aussi faire reconnaître la pratique. Le fait de dire que la radio est une écriture invisible, c’est aussi une façon de s’approprier un vocabulaire plus connu. On emprunte ce vocabulaire pour parler de l’art qu’on fait parce qu’on considère que c’est une discipline à part entière. »

La proximité entre les arts

On pourrait dire que la littérature et la radio ont souvent marché main dans la main à travers l’histoire. Ne serait-ce que dans l’histoire du Québec où maintes écrivains et écrivaines ont fait leur début à la radio. Hubert Aquin, Jacques Brault, Pierre Perrault étaient de ceux-là. On pense également à Marie Savard et sa pièce Bien à moi, mise en scène au Théâtre de Quat’Sous en 1970, mais initialement créée à Radio-Canada en 1969. « Il y a quelque d’intuitif dans ce passage entre les deux arts, car la parole est le prolongement de la pensée », souligne Marie-Laurence.

Au-delà de cette coprésence, l’écriture sonore et littéraire peuvent se nourrir l’une de l’autre. « Nous sommes des gens qui s’intéressent au langage, aux façons de dire le monde, de l’expérimenter, de rapporter l’expérience vécue. » Partagent-elles une identité commune ? C’est ce que nous pourrons découvrir dans un grand entretien Clara Dupuis-Morency (écrivaine), Marie-Louise Arsenault (animatrice, Radio-Canada) et Réjane Bougé (écrivaine, UNEQ), le deuxième du jour du festival. Une occasion de mettre en commun nos réflexions autour du médium.

Ces alliances prennent aussi la forme de fiction radiophonique, de documentaire ou d’adaptation sonore. Plusieurs séances d’écoute auront lieu durant le festival où l’attention sera dirigée sur « ces films pour les oreilles et à leur travail esthétique, leur travail sur le contenu ». Le samedi 7 septembre, on pourra par exemple écouter Un voyage en durasie, un album sonore constitué de fragments de pièces radiophoniques, d’extraits d’entretiens et de lectures d’œuvres de Marguerite Duras.

Des performances agrémentent aussi la programmation. On nous invite à prendre le pouls de radio la radio la nuit dans Versions nocturnes: des voix inquiétées par la fiction (7 septembre) ou d’assister à la carte blanche donnée aux Productions Porte-Parole. « Ça nous permet de montrer tout le potentiel de la radio. Résonance une occasion d’explorer, de penser à voix haute, de danser et de festoyer. »

Festival Résonance
Du 6 au 8 septembre
Co-présenté avec le Centre Phi
Programmation complète

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