Okinum : briser les barrières

L’artiste pluridisciplinaire Émilie Monnet entame sa résidence à la salle Jean-Claude-Germain du Centre du théâtre d’aujourd’hui (CTD’A). Elle nous y présente l’un de ses projets les plus personnels, Okinum, une recherche onirique sur nos barrages intérieurs. 

En répétition_Valérie Remise
L’artiste Émilie Monnet en répétition pour Okinum © Valérie Remise

Le projet Okinum, qui se traduit par « barrage de castors », trouve sa genèse dans un rêve récurrent fait par l’artiste à propos d’un castor géant. Intriguée par ce qui pouvait se cacher dans ce rêve, elle a décidé de lui donner une forme, de le transformer en texte et en performance. « Le spectacle est un peu comme une quête pour déchiffrer ce rêve-là, mais ça m’amène à vraiment me plonger dans les questions identitaires, dans ma connexion avec les femmes de ma famille, avec mes ancêtres. »

Son héritage familial, Émilie Monnet l’aborde avec l’intégration de plusieurs langues dans sa création. Le français, l’anglais et l’anishnabemowin, langue maternelle de son grand-père, qu’elle apprend depuis 2013. « C’est une autre façon de concevoir le monde. C’est beaucoup de mots concepts, ça devient très philosophique en fait d’apprendre l’anishnabemowin pour moi. J’ai envie aussi que le spectateur entende cette langue parce que les langues autochtones sont si peu audibles alors que ce sont des langues qui sont nées ici. »

L’intime dévoilé

Émilie Monnet qualifie Okinum d’autofiction, une création où l’artiste se livre sur son identité multiple et sa place dans le monde. Elle y parle notamment de son cancer de la gorge, son « barrage » à elle, qui est venu bien après l’écriture du texte par puzzle. « C’était l’analogie parfaite pour parler de toutes ces femmes dont on a essayé d’étouffer la voix au fil des générations, et moi, ça se manifeste dans ma gorge. Donc quel est le chemin pour le faire sauter, pour briser le cycle ? »

Cette métaphore poétique ancrée dans l’abstrait est une invitation à ne pas s’accrocher au réel ou aux croyances et à aller au-delà des référents culturels. « J’aspire juste à présenter quelque chose qui va être authentique, qui va toucher. Des fois, je me dis que c’est peut-être dans la spécificité que ça devient universel. »

Une expérience immersive

Bien qu’il s’appuie sur un texte, Okinum est avant tout une expérience immersive non linéaire, « une façon de faire coexister le monde visible et le monde invisible. C’est plus morcelé, fragmenté, un peu comme des rêves justement. Mais j’ai l’impression que c’est une structure qui me ressemble et j’espère que le spectateur va se faire happer par une expérience multisensorielle. Il n’y a pas juste le texte, mais aussi tout l’élément sonore qui est très important dans le spectacle. »

Sur scène, Émilie Monnet sera accompagnée de la conceptrice sonore Jackie Gallant, qui performera en live. L’artiste révèle également travailler à partir d’enregistrements sonores tirés de la vie de tous les jours. « J’aime partir d’entrevues que je fais, des conversations. J’aime le côté brut de ces enregistrements, la vraie vie, sentir qu’on boit du thé, qu’on dépose les tasses, entendre l’environnement. On sent qu’il y a la vraie vie qui est présente. » Selon l’artiste, cela ajoute une touche presque documentaire.

 

Okinum
Une création des Productions Onishka. Texte, interprétation et co-mise en scène : Émilie Monnet. Co-mise en scène et direction d’acteur : Emma Tibaldo. Co-mise en scène et direction du mouvement : Sarah Williams. Conception sonore et interprétation : Jackie Gallant. Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, du 2 au 20 octobre.

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