Dada Masilo: balayer le romantisme

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© John Hogg

En danse, comme dans toute forme d’art, le grand classique a plusieurs vies. Celle qui le propulse au rang d’incontournable et les suivantes qui l’enracinent dans l’imaginaire collectif. Avec sa Giselle, qui lance la saison de Danse Danse, Dada Masilo offre une relecture contemporaine qui libère hommes et femmes de poncifs éculés tout en déconstruisant le mythique.

Après son adaptation du Lac des Cygnes acclamée en 2016 par le public montréalais, Dada récidive et s’attaque au ballet romantique par excellence. À 33 ans seulement, la danseuse et chorégraphe sud-africaine a ouvert la 21e saison de Danse Danse sur une note résolument moderne et engagée. Si Dada se défend de tout geste politique dans ses créations et « travaille seulement d’un point de vue d’artiste intéressée à réinterpréter les classiques », sa démarche ne fait pas moins écho à des enjeux actuels tels que la fluidité des genres et l’empowerment.

La Giselle de Dada, jeune fille morte en apprenant la trahison de l’être aimé et se transformant en Wili (spectre de fiancée disparue avant le mariage), a un caractère et une destinée aux antipodes de son homologue classique. Ici, plus de pitié pour l’homme qui l’a trompée, Giselle ne sera pas une fois de plus la douce victime accordant son pardon. Incarnée par cette boule d’énergie qu’est Dada Masilo, Giselle est insoumise, déterminée, et rejoindra les puissantes Wilis pour réclamer vengeance.

La chorégraphe n’hésite pas à briser les frontières du genre et à intervertir les rôles masculins et féminins. Les Wilis sont désormais hommes et femmes, et Myrtha, Reine des Wilis, se transforme ici en Sangoma, guérisseur traditionnel africain. Dada joue avec la distinction binaire homme-femme pour dénoncer un modèle archaïque; les hommes dansent en tutu et les femmes se révèlent de véritables guerrières lorsque vient le temps de la vengeance.

L’histoire se réinvente aussi dans les danses de Giselle, un mélange de classique et de contemporain qui accorde une place prédominante au tswana, danse traditionnelle issue de la culture de Dada. Sur une musique où se mélangent voix africaines et percussions, l’aérien du classique s’envole, les interprètes vont chercher dans le sol le rythme et l’énergie de leur danse, tout comme la chorégraphe a puisé dans ses racines pour nous livrer son interprétation irrévérencieuse d’une pièce classique, certes, mais dépassée.

Si Tchaïkovski disait de Giselle qu’elle était « un bijou poétique, musical et chorégraphique », Dada détourne aujourd’hui ce bijou pour en faire un symbole de changements, déconstruisant genres et stéréotypes. Cette réappropriation souligne une signature chorégraphique unique et audacieuse qui donne envie de revoir la chorégraphe à l’œuvre dans une pièce plus intime.

 

Giselle
Chorégraphie: Dada Masilo.
Interprètes: Dada Masilo, Xola Willie, Tshepo Zasekhaya, Llewellyn Mnguni, Liyabuya Gongo, Khaya Ndlovu, Thami Tshabalala, Tshepo Zasekhaya, Thami Majela, Ipeleng Merafe, Khaya Ndlovu, Zandile Constable, Liyabuya Gongo, Nadine Buys.
À Danse Danse, au
Théâtre Maisonneuve jusqu’au 29 septembre 2018.

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