Maryse Latendresse: L’instinct des mots

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© Rose Carine Henriquez

Avec Harakiri, son quatrième roman, Maryse Latendresse continue d’explorer la psyché humaine à travers les relations qui se font et se défont, qui agissent comme nos lieux d’enracinement.

Peut-être ses études en psychologie y sont pour quelque chose, mais la nature humaine a toujours été un sujet de prédilection pour l’auteure qui assure avoir un profond amour pour les gens. Dans Harakiri, les personnages principaux, une jeune femme et une enfant, sont réunies par un drame. Ces personnages, elle avoue avoir eu beaucoup de mal à les quitter. « Elles vont traverser ensemble tout ce qu’on traverse après un drame. Elles vont être forcées de cohabiter et être obligées d’affronter la vérité. »

Ce drame, c’est la mère de la petite Billie qui tente de tuer son mari, puis de mettre fin à ses jours, devant les yeux de leur fille. Cette histoire dramatique pousse la narratrice Elsie à endosser malgré elle le rôle de mère. « C’est beaucoup sur la peur de la maternité et aussi sur la belle-maternité, parce qu’elle est comme la belle-maman de cette enfant. C’est un rôle que je connais bien, je le suis depuis 18 ans des deux enfants de mon chum. C’est une relation riche, complexe et c’est vraiment ça que j’ai décidé d’aborder. »

Une écriture « dans le corps »

Bien qu’elle aborde des thèmes familiers comme l’infidélité et le triangle amoureux – qui revient constamment – plaisante Maryse Latendresse, Harakiri s’éloigne des autres romans par son processus d’écriture. « C’est très pulsionnel, c’est une histoire par à-coups, ce sont des petits morceaux, des fragments. J’ai l’impression que ça se rapproche plus des instincts. Puis, Harakiri, c’est aussi s’ouvrir le ventre, les tripes. Symboliquement, dans l’écriture, c’est ce que j’essayais de faire. »

L’auteure poursuit dans cette démarche l’objectif de montrer l’imperceptible et avec Harakiri, elle croit avoir atteint ce but. « J’essaie d’avoir une écriture plus lucide, de plonger plus, d’être plus dans la vérité. »

Chaque roman a sa petite histoire. Celle d’Harakiri a commencé il y a huit ans quand Maryse Latendresse voulait raconter l’histoire de sa mère. Il ne reste que des traces de ce premier désir dans le roman, malgré la part de vécu. « C’est le roman qui ressemble le plus à tous les gens que je connais. »

Les petites morts du couple

Dans ses propres romans ou dans ses projets collaboratifs, le couple se retrouve souvent sous la plume de Maryse Latendresse. En 2017, elle codirigeait le collectif Larguer les amours à la maison d’édition Tête Première. « Je me questionnais énormément sur la rupture. C’est un thème qu’on a lu et relu. Mais j’avais envie d’explorer ce moment précis, le moment qui fait qu’on dit au revoir. » Le recueil présente un point de vue entièrement féminin avec des textes d’une vingtaine de femmes.

Un an plus tard, À leur tour de larguer les amours nous dévoile les amours déçus de la gent masculine. Un recueil plus noir selon les observations de l’auteure. Une mise en lecture de Marika Lhoumeau aura lieu au Festival international de littérature (FIL) le 25 septembre prochain, avec comme interprètes Denis Bernard, Louis Champagne, Iannicko N’Doua.

Ces deux projets ont le mérite de dévoiler ce qui se cache dans ces instants décisifs, prémédités ou non. « Je pense que ça dit c’est qu’on est seul au monde dans la rupture. On a toutes sortes de moyens pour s’en sortir évidemment. Il y en a qui ont choisi de raconter leur grand drame alors que d’autres touchent à des moments moins importants, donc ça dépend où on veut aller. En tout cas, ça donne envie de se tendre la main, d’avoir beaucoup de respect pour les rapports humains. »

Harakiri, paru chez Hamac le 29 août 2018.

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