Pauline Julien et Gérald Godin: Sur les traces de la dignité

Dite la renarde, Pauline Julien, cette femme qui en a marqué plus d’un fait l’objet de nombreux hommages cet automne dont Je cherche une maison qui vous ressemble au théâtre Denise-Pelletier. Elle et cet amour qui l’a unit durant 30 ans à Gérald Godin ont fasciné Catherine Allard et Marie-Christine Lê-Huu qui nous donnent une pièce à saveur de politique, d’amour et du devoir de mémoire.

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© Rose Carine Henriquez

Le désir est venu de Catherine Allard et de sa fascination pour Pauline Julien, grande artiste québécoise et femme d’engagement. Ce faisant, elle a approché l’auteure Marie-Christine Lê-Huu pour se lancer dans cette aventure. Mais comment écrire sur l’envie de quelqu’un d’autre ? C’est la question que s’est posée l’écrivaine, même si elle nourrissait un grand intérêt pour ces figures marquantes de la société québécoise. « J’avais un attachement particulièrement pour la démarche politique de Gérald Godin, toute cette vision inclusive, mais vraiment inclusive, de marche vers l’autre. Et évidemment, pour cette femme de parole. »

Il était alors important qu’elle ait une certaine liberté dans l’écriture tout en respectant l’envie de Catherine Allard, mais aussi tout en étant consciente de la portée d’un tel hommage. Dans la forme et dans sa raison d’être. « Une de mes questions, c’était comment on fait pour ne pas juste en parler au passé, comment on fait pour se libérer du réalisme, du besoin d’imiter. Je n’avais pas du tout envie d’être prise avec une imitation de ces personnages-là qui ne seraient jamais aussi intéressants qu’eux. »

Dialogue à travers le temps

C’est pour cela que Je cherche une maison qui vous ressemble ne se cantonne pas aux faits historiques relève Marie-Christine Lê-Huu, car « il y a plein de façons de les raconter et de les rencontrer ». « Il m’est venu l’envie d’en parler aussi par rapport à ce qu’il reste de ce projet politique. Ça n’aurait pas eu de sens de ne pas parler de où on en est aujourd’hui, de quels sont nos doutes, de quels sont nos espoirs ? »

Ce présent est incarné sur scène par Catherine Allard et Gabriel Robichaud qui entretiennent un questionnement sur les enjeux d’aujourd’hui.  Un double niveau qui permet de créer un lien entre ce qui a été, ce qui est et ce qui reste à bâtir.

Héritage politique

« Au niveau identitaire, il y un ancrage très fort pour moi dans cette époque où il y avait une dignité politique. Où il y avait des artistes et des intellectuels autour du pouvoir. Je trouve qu’en ce moment, on est vraiment en manque d’intelligence autour du pouvoir. Je trouve vraiment qu’on est dans une époque en perte de dignité. » Marie-Christine Lê-Huu se fait rassurante en nuançant et mentionnant qu’ils y a des espoirs, mais ceux-ci sont « limités et furtifs ».

Et s’ils étaient encore présents, quelle réaction auraient-ils devant leur héritage ? Une profonde peine, croit Marie-Christine Lê-Huu, mais elle préfère les imaginer autrement. « Ce sont des battants qui n’auraient pas, à mon avis, lâché ou baissé les bras. Mais je pense que ce manque de dignité d’aujourd’hui leur ferait de la peine, mais qu’ils seraient quand même du côté de l’espoir et de l’action. »

« Je suis faite de bribes », nous dit le personnage de Pauline Julien. Morceaux d’histoires et de perspectives qui transforment Pauline Julien et Gérald Godin en personnages d’après Marie-Christine Lê-Huu. « Ce qui reste de nous quand on est mort, ce qui reste à tout le monde, le cumul de ces mémoires qui ne sont pas tout à fait nous, je pense qu’à travers ça, on leur rend vraiment hommage et on rappelle cette dignité, on l’évoque aussi pour en redonner envie. »

Je cherche une maison qui vous ressemble  parle aussi de transmission, car on s’adresse autant à une génération qui partage la nostalgie de les avoir connus, qu’à une génération héritière de leurs idées. C’est une filiation « apaisante », selon Marie-Christine Lê-Huu.

 

Je cherche une maison qui vous ressemble
Théâtre Denise-Pelletier, du 11 au 29 septembre. Texte de Marie-Christine Lê-Huu. Mise en scène de Benoît Vermeulen. Avec Catherine Allard et Gabriel Robichaud.

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