Blackbone: Un seul corps

La troupe circassienne Gravity and the others myths a donné le coup d’envoi du festival Montréal Complètement Cirque avec sa deuxième création Backbone, un spectacle rempli d’une action fougueuse et d’une camaraderie sans borne.

En 2014, le festival les avait déjà accueillis avec A simple space qui traduisait déjà d’une démarche artistique qui viendrait bouleverser les codes traditionnels du cirque. Blackbone, avec sa structure complexe et sa chorégraphie cérébrale, vient confirmer cette dynamique. La troupe australienne, comme une seule entité, repousse les limites du corps et de la gravité dans un spectacle où la confiance les uns envers les autres semble primordiale, avec comme figure prédominante celle de la colonne, renvoyant au titre du spectacle.

Dans le silence qui précède ce qui sera une suite de réactions frénétiques dans un enchainement continu, les dix artistes allongés par terre, ont ouvert Blackbone sur une note de vulnérabilité. Un temps d’arrêt qui permet de prendre ensuite la pleine mesure des exploits qui suivirent, car il n’y avait plus le temps pour être vulnérable.

Crédit Darcy Grant_Backbone.jpg
© Darcy Grant

Malgré le caractère enfantin et joueur qui caractérise la pièce, les chamailleries de « cette famille » sur une scène recouverte de terre rappelant une cour d’école, la précision et l’interdépendance entre les membres ne sont jamais occultées. Chaque action influence le mécanisme d’une autre pour former des tableaux remplis de poésie et de ludisme.

On est subjugués par la précision et l’endurance dans les portés acrobatiques, les contorsions, les équilibres et les voltiges. Entre leur synchronisation et leur rigueur, il y a toujours ces taquineries qui nous font presque oublier le sentiment de danger constant qui plane au-dessus de ces jeunes têtes et corps qui transpirent de défi frondeur.

Leur concentration semble toujours être ailleurs entre les rires et leurs maintes tentatives pour se distraire les uns les autres. À croire que tout leur est facile, comme ce numéro à l’aveugle où ils forment une pyramide humaine avec des seaux sur la tête. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, la discipline est bien présente.

Avec agilité, les figures s’enchainent dans l’univers visuel du scénographe Geoff Cobham, et sur les compositions musicales d’Elliot Zoerner et Shenton Gregory. Un mariage parfait entre le son, la lumière et la création dans une mise en scène très performative. Ce jeu collectif se termine dans l’esprit de bravade qui a traversé tout le spectacle. Chacun tenant une pierre le plus longtemps possible, jusqu’à qu’à ce qu’il n’en reste qu’une. Une force en elle-même.

Blackbone, à la Tohu, jusqu’au 14 juillet
Avec Jacob Randell, Jascha Boyce, Lachlan Binns, Mieke Lizotte, Lewie West, Martin Schreiber, Joanne Curry, Lachlan Harper, Lewis Rankin, Jackson Manson.

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