Les combats qui nous rassemblent

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© Audrey-Anne Reysset

L’expression commune « La vie est un champ de bataille » brille en sous-texte dans Nos luttes morcelées, nouvelle création déambulatoire du théâtre de l’Odyssée. C’est au sein d’une école que prend place une succession de tableaux aux histoires déconstruites, ce lieu significatif où tout débute. Les premières batailles, les premières pertes.  

Travail collectif et performatif, Nos luttes morcelées s’inscrit dans la mission de la compagnie née en 2010, d’aborder des questions philosophiques à travers plusieurs disciplines et plusieurs voix. Et nous emboitons justement les pas d’un gardien-guide pour ce parcours inusité où celui-ci se fait philosophe, abordant, pressent-on, les enjeux de chaque performance à venir.

À travers la nuit, nous le suivons, rasant les murs et les couloirs remplis de casiers colorés, traces de la vie et de l’innocence, le jour. Cela a pour mérite d’installer une ambiance et de solliciter l’attention.

D’un lieu à l’autre, d’une lutte à l’autre, nous découvrons nos personnages face à leurs questionnements et à leurs déchirements. D’abord, cette guerrière qui campe son acharnement et sa performance dans la salle de bain. Une performance axée sur le corps en lutte, avec soi ou avec l’image de soi. Vient ensuite la funambule tisseuse devenue forgeronne qui se demande si le bonheur n’est pas d’être une taupe.

On parle aussi d’exil et de langage dans ce tableau où une jeune femme muette est attachée aux symboles de son identité, alors qu’une autre, en arrière-plan lui prête sa voix. Il s’agit de la séquence la moins réussie lors de la première du spectacle, du fait que l’enregistrement sonore qui accompagne la performance noie les paroles qui auraient pu créer un lien et une profondeur entre les deux comédiennes, éloignées qu’elles le sont dans l’espace. Ce même lien de proximité qui aurait pu naitre avec le spectateur n’a pas pu se créer.

La déambulation se poursuit, traversant l’univers d’une fausse entrevue de travail déjantée pour terminer dans une séance de métamorphose autour de l’autoportrait de Frida Khalo. Une figure iconique d’une révolte sourde et vibrante. On atteint ici un niveau de symbolisme qui tranche avec la portée du réel des autres tableaux, comme si le chemin qu’on avait emprunté devait nous amener là, devant cet autel.

Cette création finale résonne profondément dans son lieu d’action. Durant tout l’itinéraire, on est incapable de faire abstraction du lieu d’apprentissage dans lequel nous nous trouvons. À chaque parole sur la vie, notre place sociale, nos choix, nos quêtes, on pense aux jeunes visages qui habitent l’endroit en contraste avec les visages des adultes d’aujourd’hui qui se disent « morcelés ». On se dit que le morcellement peut commencer très tôt si on ne s’attelle pas à prendre soin.

La compagnie affirme placer le public dans un espace protecteur et sécuritaire de « nos combats, de nos champs de bataille et de leurs dangers ». L’énoncé est candide, mais l’enfance est un lieu de douleurs même s’il ne le devrait pas. Nos luttes morcelées ne verse pas non plus dans le pessimiste. Des notes d’espoir parsèment le parcours, permettant la réceptivité et surtout une envie de dialogue.

Nos luttes morcelées. Théâtre de l’Odyssée. École alternative ELAN. Jusqu’au 13 juillet. Travail collectif de : Geneviève-Yasmina Antonius-Boileau, Gabriel Bourdua, Gabrielle Couillard, Kim Crofts, Cédric Delorme-Bouchard, Laïka Othello, Olivier Monette-Milmore, Audrey Pepin, Jean-Patrick Reysset et Éric Lionel Vega.

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