Au royaume des danseurs, le fantasme est roi

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© Frédéric Lovino

Séduction et exubérance: ingrédients de choix d’une piste de danse enflammée ou symptômes de névroses et fantasmes enfouis? Le débat est lancé par le chorégraphe Thomas Lebrun et ses quatre interprètes qui ont laissé leur inhibition aux vestiaires en devenant Les rois de la piste.

Un remix de Everybody dance now de Bob Sinclair ouvre le bal et nous donnerait presque envie de rejoindre les interprètes sur scène. La pièce commence sous fond de musique techno populaire, et dévoile d’emblée une danse bestiale et théâtralisée. Plongés dans l’univers des boîtes de nuit, les interprètes incarnent à tour de rôle des personnages plus loufoques les uns que les autres. Chacun y va de son pas de danse et connaît son quart d’heure de gloire sur le dancefloor. Tenues excentriques, attitudes arrogantes; les trois rois et deux reines défilent et règnent en maître, un par un sur la piste. Une mise en scène qui rappelle celle de David Pressault dans Éros Journal, où la frontière entre danse et sexualité s’effrite jusqu’à ne faire qu’un.

Les corps se succèdent et se déhanchent jusqu’à ce que la danse ne soit plus qu’un prétexte, un accessoire, un exutoire de leurs peurs, défauts, insécurités… Mais surtout de leur solitude. En dehors de quelques attouchements, peu d’interactions entre les personnages. Chacun est dans sa bulle, ou plutôt se succède dans le carré lumineux qui sert de piste de danse. Les boîtes de nuit ne sont-elles pas ces lieux où des centaines de solitudes se retrouvent pour être seules ensemble, plus que danser ensemble? Pour être quelqu’un d’autre, le temps d’une chanson ou d’un soir? C’est ce que met en scène Thomas Lebrun dans la première partie de cette pièce, à travers un défilé qui n’en finit plus. On penserait voir un film dont la bande-annonce a déjà tout dévoilé, gardant l’espoir d’un rebondissement inattendu…

Le rythme du défilé incessant finit par se rompre. La piste s’élargit et libère les danseurs de leur solitude et fantasme individuel. La deuxième partie s’ouvre sur une chorégraphie qui oscille entre burlesque et parodie. Les jeux de lumières ont changé, l’espace s’est agrandi, et tous arborent les mêmes justaucorps et talons noirs.

Une rupture esthétique aussi déroutante qu’énigmatique, comme si premier et deuxième degré se côtoyaient de trop près, nous laissant dans le flou artistique le plus total. On reconnaît dans les chorégraphies de groupe, des pas et mouvements des personnages loufoques du début, mais l’heure est à l’exécution plus qu’à l’interprétation. L’individualité de chacun semble s’être évaporée dans l’émulation collective, et ce jusqu’à la finale marquée par un simple déhanché gauche droite. Un retour à ce que la danse a de plus simple, dans une tenue des plus basiques; reines et rois se dandinent torse nu en minishort noir.

Dernier spectacle de la saison à l’Agora de la danse, Les rois de la piste achève cette saison sur une touche de légèreté entraînante, dénonçant la nécessaire superficialité de la danse comme outil de séduction et catalyseur de fantasmes individuels et collectifs.

Les rois de la piste
De Thomas Lebrun (Centre chorégraphique national de Tours), à l’Agora de la danse, du 25 au 27 avril 2018 à 19h, et le 28 avril 2018 à 16h. Interprétation : Julie Bougard, Thomas Lebrun, Matthieu Patarozzi, Véronique Teindas, Yohann Têté.

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