Charlotte Aubin: La femme caméléon

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Tenant le rôle principal dans la pièce Déterrer les os qui débute au Centre du théâtre d’Aujourd’hui le 17 avril prochain, Charlotte Aubin est une jeune comédienne à surveiller. À cause entre autres, de la diversité de ses projets dans le milieu cinématographique, théâtral et littéraire.

Dans Déterrer les os, elle campe une protagoniste en proie à un trouble alimentaire, qui peut susciter beaucoup d’émotions contradictoires chez le spectateur. Il s’agit d’un premier rôle professionnel au théâtre depuis sa sortie de l’École Nationale du théâtre et la jeune femme avoue ressentir un grand vertige. « Je veux rendre hommage aux mots de Fanie Demeule, déclare-t-elle. La façon dont le sujet est traité, c’est rarement fait comme ça et j’ai envie que le spectacle et les performances d’acteur soient à la hauteur. »

Toutefois, son premier amour reste le cinéma et la reconnaissance accourt ces temps-ci, car Aubin se retrouve nominée pour l’Iris de la meilleure interprétation féminine au Gala Québec Cinéma pour son rôle de Mathilde dans Isla Blanca. « Le cinéma est vraiment une bulle spéciale, l’espace-temps est dilaté, relève Charlotte. Tout le monde est là pour le même projet, raconter la même histoire, il y a quelque chose de super immersif. Pour moi, c’est un abandon total, il n’y a pas de on et d’off. Il n’y a pas de twist. Tu te lances dans le grand fleuve et tu te laisses emporter. »

Et dans toute vocation, il y a cette envie totalement humaine de vouloir laisser une trace, marquer d’une façon ou d’une autre un imaginaire. L’humilité, c’est ce que Charlotte Aubin désire qu’on retienne d’elle. « Ce qui me touche, c’est lorsque les choses sont incarnées, honnêtes et parfois maladroites, développe-t-elle. Je n’ai pas envie de me cacher derrière ce que les autres voudraient que je sois. J’ai envie que les gens disent de moi que je suis incarnée, présente et humble. J’ai envie de me respecter dans ce métier qui peut être difficile. »

Un métier de perception

Des obstacles, le métier de comédienne en possède un tas, et peut-être plus lorsqu’on est une femme. Il s’y cultive une pression reliée à l’image et à l’apparence physique. Un culte de la beauté et de la jeunesse, décrit Charlotte Aubin. « Ce que je trouve de plus terrible dans ce métier, c’est que tu es constamment soumis aux désirs des autres, renchérit-elle. Pour pratiquer ton métier, tu as besoin d’être choisi. Je pense que ça peut vraiment te jouer dans la tête, te transformer. Te pousser à être quelque chose d’autre, à essayer de plaire à tous, de devenir le pantin de l’imaginaire de tout le monde. »

Pour combattre cela, la jeune femme préconise de rester fidèle à soi-même, et de surtout ne pas se taire. « Tout ce qui est en lien avec le corps, il faut rationaliser tout ça et en parler. Je pense qu’on n’est pas toutes seules. »

Un saut dans l’écriture

En plus de jouer les mots des autres, Charlotte Aubin a fait le grand saut en écriture en publiant son premier recueil de poésie, Paquet de trouble, en mars dernier. « C’est beaucoup inspiré du début de ma vingtaine, confie-t-elle. La vie nocturne, les bars, les moments de désinhibition, de déceptions amoureuses. Il y a beaucoup d’humour aussi dans ce livre. En fait, il s’agit des humains désinhibés qui peuvent à la fois être des monstres et des enfants. »

La comédienne ne compte pas s’arrêter là. Un deuxième recueil est en préparation, ainsi qu’un court-métrage, Ton chien est mort, pour lequel elle a reçu une bourse de la SODEC dans le cadre de leur programme d’aide aux jeunes créateurs (aide à la scénarisation).

« J’aime beaucoup écrire, j’aime beaucoup les dialogues, affirme-t-elle. Ça aide mon métier d’interprète parce que je comprends mieux les structures dramatiques, les besoins dramaturgiques et les personnages. Ça m’aide à développer mon jeu. »

La diversification de ce jeu d’actrice saute aux yeux. On peut la voir en experte en communication dans Blue moon, en jeune mariée vivant un deuil dans L’échappée ou une jeune fille qui se radicalise dans le long-métrage Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau de Mathieu Denis et Simon Lavoie.

« J’ai vraiment eu la chance de faire des rôles très différents les uns des autres, constate-t-elle. J’ai l’impression que les réalisateurs, les metteurs en scène, même les scénaristes, m’amènent ailleurs, voient des choses en dedans de moi que je ne vois pas. » Gabrielle Lessard l’a bien compris en la choisissant pour porter le personnage fascinant de Fanie Demeule.

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