Jon Fosse: Dramaturgie du sensible

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© Isabel Rancier

Le Nom de Jon Fosse est présenté au théâtre Prospero du 3 au 21 avril dans une mise en scène de Dominique Leduc. Pour l’occasion, il semblait nécessaire d’interroger Myriam Stéphanie Perraton-Lambert, conseillère dramaturgique et assistante à la mise en scène, afin d’essayer de mieux comprendre son rôle au sein d’une équipe de création et d’en apprendre davantage sur la dramaturgie de Jon Fosse.

Dominique Leduc a rencontré Myriam Stéphanie P-L lors d’un atelier public d’étudiants en jeu de l’UQAM intitulé Toi et moi, dans la lumière des Fjords. Alors étudiante dans le programme d’études théâtrales, elle est affiliée à Dominique afin d’occuper le poste d’assistante à la mise en scène et de conseillère dramaturgique. En 2013, elles commencent leur dialogue avec Jon Fosse grâce à cette présentation de trois pièces de l’auteur : L’enfant, Le Nom et Quelqu’un va venir. « On a vécu une rencontre, chacune de notre côté, avec l’auteur. Pour que Dominique décide de le monter deux ans après et que moi j’en fasse un sujet de maîtrise, on a vécu, toutes les deux, une révélation. »

Le savoir-faire

Le rôle du conseiller dramaturgique s’avère moins connu au Québec. On le considère souvent comme un préposé à l’information ou comme l’intellectuel dans la pratique. « C’est celui qui nourrit les acteurs, les concepteurs et la metteuse en scène par le biais de références, de textes, de discussions, de dialogues critiques et d’une présence nourrissante. En salle de répétition, il possède une vue d’ensemble qui lui permet de confirmer que tous les éléments s’accordent à la lignée dramaturgique de l’œuvre. »

Il faut comprendre que chaque conseiller dramaturgique s’adapte à son interlocuteur. Le travail sur Jon Fosse provoque une division particulière des tâches de la dramaturge. Elle ne sert pas seulement à transmettre des informations, mais elle doit aussi vibrer aux mêmes ondes que la metteuse en scène.

Un simple regard ou une approbation de la tête suffisent pour sentir que le travail de répétition avance sur la bonne voie. « Ça, c’est la dimension pratique, le savoir-faire, les connaissances transmises. Dans le cas de la dramaturgie de Fosse, il y a aussi un savoir-être extrêmement important. Cette dramaturgie fragile se déploie, peu à peu. Il n’y a rien de réglé, l’œuvre contient que des questions, toujours. Parfois, on joue sur un navigateur de fréquences tellement subtil pour faire surgir le niveau souterrain de l’œuvre… Il faut savoir être attentif, sensible, présent et à l’écoute. C’est du senti, ça ne se transmet pas par les mots. »

Souterrains significatifs

Le Nom prend la forme d’un huis clos familial où une adolescente sur le point d’accoucher revient à la maison parentale après une longue absence. Les parents s’agitent à l’idée du retour de leur fille, et encore plus de savoir qu’elle est enceinte. La jeune femme et son copain cherchent un nom pour leur progéniture, ce qui leur fait découvrir les divergences qui les séparent. « La situation dramatique reste très concrète, malgré l’écriture très pauvre sur le plan de la syntaxe et du vocabulaire. La langue s’inspire des dialectes oraux de la Norvège, c’est donc une langue orale, très sonore, qui n’a pas été entachée par les nouvelles technologies et le monde de la communication. »

On comprend alors que Fosse installe une situation réaliste qui cache une pluralité de sous-textes, de sous-entendus et de non-dits. Ceux-ci créent une ambiance étrange dans cette réunion de famille aux allures normales. « Si la situation est réaliste, le texte fonctionne par répétition/variation. Le théâtre de Jon Fosse est ce qu’on peut considérer un théâtre de voix. Les mots et leurs sens (sensoriel) se déploient dans la sonorité, dans la musicalité, dans la versification plutôt que dans le sens (ensemble d’idées intelligibles). »

Silences éclairants

« L’écriture de Jon Fosse ne révèle rien, c’est toi qui fais le chemin, mais c’est là et ça te supporte. Dans notre société occidentale, on vit du vide parce que notre vide n’est pas significatif… Prenons, comme exemple de vide, le silence. Le silence crée quelque chose de très direct, de très sensoriel et dans le spectacle, il crée la rencontre. Les silences vécus ensemble ouvrent un espace commun entre les figures dramatiques et le public. Ce sont comme des portes d’entrée dans la dramaturgie de Fosse. »

Les pièces de Jon Fosse, artiste reconnu internationalement, ont été montées par des metteurs en scène iconiques tels que Patrice Chéreau, Thomas Ostermeier, Falk Richter, Claude Régy et, plus près de nous, Denis Marleau. On rapproche son style d’écriture à un Beckett ou un Maeterlinck.

Le Nom
Texte de Jon Fosse. Traduction: Terje Sinding. Mise en scène: Dominique Leduc. Conseil dramaturgique et assistance: Myriam Stéphanie Perraton-Lambert. Interprètes: Annick Bergeron, Alex Bergeron, Myriam DeBonville, Aurélie Brochu Deschênes, Simon Beaulé Bulman et Stéphane Jacques. Théâtre Prospero, 3 au 21 avril.

Auteur : Steave Ruel

Acerbe, irrévérencieux, satirique, ironique, sarcastique et cathartique sont mes adjectifs préférés.

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