« Hamster » : La violence du réel

Hamster
© Annie Éthier

Hamster est le premier texte de l’autrice Marianne Dansereau. Comédie dramatique sur la révolte adolescente, la pièce ne réussit pas à briller complètement à cause de sa trame narrative simpliste.

Une jeune fille attend son autobus et se fait déranger par un vieil homme qui veut discuter. Au dépanneur d’en face, deux employés se font réprimander par leur supérieure qui s’inquiète de la probable arrivée d’un client mystère. Et une jeune fille, avec le cœur brisé, raconte ses déboires à son hamster. On assiste à trois différentes histoires qui finissent par se croiser. La jeune fille qui attend son autobus raconte au vieil homme comment elle veut battre à mort la fille en peine d’amour. La fille en peine d’amour va voir le gars du dep (père de son enfant), mais elle croit qu’il ne travaille pas puisqu’il fume un batte dans les toilettes plutôt que d’être sur le plancher. Elle dépose donc son hamster dans le congélateur qui sera retrouvé par les trois employés du dep. C’est, en fait, non pas un hamster, mais l’enfant du gars du dep …

Situations banales

On assiste à la construction de trois réalités pénibles et latentes de jeunes banlieusards frustrés. Les répliques sont écrites avec un réalisme épatant, ce qui donne l’impression qu’on se transporte exactement dans des situations inintéressantes, mais qu’on ne va pas plus loin. Imaginez-vous en train d’assister à une pièce de théâtre de quelqu’un  qui attend l’autobus, qui est au travail ou qui a des pensées à propos de son cœur brisé. Vous n’avez pas le droit de tricher ! Ne restez pas sur ces quelques répliques poétiques pour développer davantage sur celles-ci.

Prenons, par exemple, la conversation entre la jeune fille et le vieil homme. Le vieil homme parle de la température, de l’absurdité de s’ouvrir un dépanneur à côté d’un dépanneur, des horaires d’autobus, tandis que la fille qui attend son lift ne veut juste pas parler avec l’homme. La fille en peine d’amour, elle, parle de voler à l’aubainerie et que les vêtements ont juste le mot LOVE d’inscrit dessus donc qu’elle écrit FUCK en haut des logos. Les employés du dépanneur, de leur côté, passent la moppe, vont aux toilettes et attendent que leur quart finisse. On comprend bien que Dansereau veut dépeindre la réalité d’une banlieue plate, mais théâtralement parlant, on a peine à y trouver la pertinence. De plus, le climax final apporte un bébé mort ou pas (on laisse une ambiguïté) , mais tout de même dans un congélateur …Comment une heure et quart, contenant trois histoires distinctes et six personnages différents avec comme principale action l’attente et la description de la banalité, peut-elle apporter un climax aussi tragique ?

Plume à surveiller

Certes, la trame narrative manque de recherche et d’approfondissement, mais il faut souligner le talent singulier de Marianne Dansereau. Non seulement utilise-t-elle le langage familier de manière identique à la réalité, mais elle recrée même le genre de phrases poétique, non volontaires, qu’on dit au quotidien: «De la marde sur de la marde, ça s’annule pas !», «Ça me fait moins peur d’imaginer du monde en mascotte» ou même «Mon bourlet, de la pâte à pain».

L’hyperréalisme de la langue de l’autrice est son pire ennemi et son meilleur ami. D’un côté, elle décrit trop bien un cas extrêmement ordinaire laissant le spectateur avec une pièce sans originalité, qu’une description précise d’un événement banal. De l’autre, du moment où elle aborde un sujet pertinent, de l’absurde ou de l’onirisme, elle est en mesure de capter entièrement l’attention du spectateur. Il suffit de penser au moment où la fille de l’abribus décrit le rêve qu’elle a fait. Un moment exceptionnel où chacune des répliques est renchérie par la précédente pour créer une montée dramatique hallucinante.

Dansereau se laisse aller dans l’univers onirique, mais en utilisant un langage hyperréaliste. Cette tension des formes nous fait vivre la narration du rêve par son personnage comme si on l’avait rêvé nous-mêmes. On ne peut pas empêcher les images de se former dans notre imaginaire avec une clarté étonnante. L’attention portée à Marianne Dansereau n’est nullement anodine, sa plume est vouée à être montée, mais il faudra la polir pour qu’elle nous raconte des histoires plus grandes que la triste banalité de la réalité.

Hamster
Texte Marianne Dansereau. Mise en scène: Jean-Simon Traversy. Avec Pascale Drevillon, Guillaume Gauthier, Zoé Girard-Asselin, Tommy Joubert, Igor Ovadis, Zoé Tremblay et Lydia Képinski. À la Licorne, 6 au 24 mars.

Auteur : Steave Ruel

Acerbe, irrévérencieux, satirique, ironique, sarcastique et cathartique sont mes adjectifs préférés.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s