Chienne(s): Les peurs profondes

Au terme de presque cinq années de recherche, de documentation et de rencontres, Chienne(s) verra enfin le jour, né d’une question. Pourquoi il y a plus de femmes qui souffrent de troubles anxieux ? Présenté dès le 13 mars au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, la pièce écrite par les auteures Marie-Ève Milot et Marie-Claude St-Laurent, nous emmène dans un tourbillon d’angoisses intérieures et en même temps de lumière.

On ne trouvera peut-être pas de réponses toutes faites dans Chienne(s), mais il s’agit du portrait d’une pression sociale. Ce qui donne lieu à l’histoire de ce personnage féminin, la Trentenaire, campée par Marie-Claude St-Laurent qui s’enferme dans son appartement le jour de ses 30 ans et qui a la chienne, sans raison apparente. « On décortique le thème de la peur à travers les personnages, explique Marie-Claude. On s’est questionnées sur la peur en général et la façon de la gérer. »

« L’angle, c’est l’anxiété généralisée dans laquelle on se trouve socialement, ajoute Marie-Ève. C’est qu’on ne peut pas aller mal longtemps, il y a une obligation d’aller bien le plus vite possible et le rythme de la société ne te permet pas toujours de récupérer. »

Le discours de la pièce s’inscrit dans une époque qui fait émerger autant de questionnements que de positions et les artistes ne sont pas en reste. « Je pense que l’anxiété généralisée concerne tout le monde, avance Marie-Ève. Je ne suis pas surprise en fait qu’il y ait ce besoin, qu’il y ait cette texture dans les fictions en général parce que ça nous habite tous et toutes. »

 Le corps anxieux

Il existe un rapport au corps dans Chienne(s) que les créatrices ont voulu développer afin de pointer un tabou entourant les effets physiques de l’anxiété. Elles se sont entre autres inspirées d’une performance de l’artiste Joseph Beuys qui s’est enfermé dans une galerie durant trois jours avec un coyote. « On a voulu montrer l’épreuve physique que ça représente, raconte Marie-Ève. Comment le corps réagit, comment le système s’abime, comment c’est éprouvant de faire des attaques de panique à répétition. Ce sont des symptômes qui s’apparentent à une course contre la mort. »  Et c’est quelque chose que l’équipe cherche à rendre apparent sur scène, que ce soit dans les mouvements du corps ou dans le souffle, par exemple.

Entre lumière et beauté

Marie-Ève se fait catégorique dans son refus d’aborder la question de l’anxiété avec cynisme. Au contraire, il y a quelque chose qui brille dans Chienne(s), un phare ou une bouée pour reprendre ses mots. « Même si on assiste à la descente de mon personnage et à sa chute, il y a quand même beaucoup d’humour et de moments lumineux dans la pièce, confie Marie-Claude. C’était très important d’avoir toujours cette tension entre le drame et l’espoir, d’où le mouvement de s’en sortir et la résistance. »

C’est en partie grâce à l’art que le personnage tentera de s’accrocher à cette lumière, ce qui se matérialise dans la pièce à travers une mise en scène non conventionnelle conçue par l’artiste visuelle Caroline Saint-Laurent en collaboration avec la sculptrice Andrée-Anne Carrier.

Perspective féministe

 « C’est nous les Affamées », s’exclament Marie-Ève et Marie-Claude, lorsqu’on leur demande de parler de leur compagnie, le Théâtre de l’Affamée, qui croit qu’il faut s’investir à (re)créer et à faire (re)vivre une culture des femmes. C’est pourquoi toutes leurs créations sont pensées dans une perspective féministe. Un exemple concret est que les personnages gravitant autour de la Trentenaire ne sont pas genrés. « C’est important pour nous de laisser des traces de notre réflexion féministe dans notre matériel littéraire », précise Marie-Ève.

La trace de cet engagement se retrouve de manière vibrante dans l’ouvrage La coalition de la robe dont elles sont les co-auteures avec Marie-Claude Garneau. « On est intéressées à faire du théâtre féministe, mais aussi à partager des modèles féminins », affirme Marie-Claude St-Laurent.

 

Chienne(s)
Texte : Marie-Claude St-Laurent et Marie-Ève Milot. Interprètes : Marie-Claude St-Laurent, Alexandre Bergeron, Louise Cardinal, Larissa Corriveau, Nathalie Doummar, Richard Fréchette. Du 13 mars au 4 avril au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

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