Sang Plus

SangBleu_Valerie Sangin
© Valérie Sanguin

La Chapelle accueille Sang Bleu jusqu’au 2 mars, une création du danseur Dany Desjardins et de l’artiste de cirque Andréane Leclerc. Entre danse contemporaine et contorsion, cette exploration du corps comme « amas de chair et de bactéries » est le résultat de leur intérêt commun pour la matière corporelle. Une démarche sincère, mais peu accrocheuse.

Le sang bleu désigne communément la noblesse européenne du XVIIe siècle qui arborait une peau blanche laissant transparaître le bleu de leurs veines. Avec cohérence, le duo commence et se termine sur un morceau de clavecin qui semble faire référence à cette période historique. Le reste de la pièce s’en écarte et se déroule sur une bande sonore monotone sur laquelle les corps bougent mollement. Le décor minimaliste et organique est constitué d’éléments épars difficilement identifiables; un environnement aussi énigmatique que les mouvements des interprètes qui y gravitent.

Les interprètes s’affichent dans une nudité cachée par quelques branches collant à la peau des interprètes, mais dévoilant l’essentiel. Le choix de la nudité répond au sujet central qui est d’explorer le corps dans sa matière et au-delà des conventions, mais révèle un paradoxe inévitable. Inspirés par la dégénérescence physique, que ce soit par la mort, la maladie ou l’infection, les interprètes s’efforcent d’incarner ce sujet en présentant des êtres nus, musclés ou bien en chair, et bel et bien vivants. L’énergie avec laquelle ils se démènent pendant 55 minutes à nous montrer le corps comme un simple bout de viande nous empêche justement de le voir comme tel.

Par ailleurs, la façon dont les corps entrent en contact et s’entremêlent suggère que chacun a pleinement conscience de l’autre et qu’il n’est donc pas qu’un simple amas de chair. Paradoxalement, l’interprétation nous montre un corps qui ne saurait exister sans conscience ni émotion et échoue à nous le faire voir autrement, comme si en voulant éviter à tout prix le conventionnel, ils sautaient dedans à pieds joints.

La contorsionniste Andréane Leclerc nous offre quelques tableaux intéressants qui mériteraient développement, comme cet enchaînement de mouvements au sol où elle se laisse tomber sans retenue et se relève pour mieux s’effondrer à nouveau. On y entend sa chair claquer sans pitié sur le sol, ses fesses et ses seins qui s’écrasent avec une violence telle que son corps semble ne plus lui appartenir.

S’il convient de souligner l’audace de cette mise à nu, physique et créative, ainsi que la sincérité de la démarche artistique d’explorer une autre idée du corps, la proposition ne semble offrir  rien d’autre qu’une exploration. Comme si nous assistions à une étape intéressante d’un processus créatif ambitieux, plus qu’à une création aboutie.

Le propos artistique est riche et complexe, mais peu d’indices aident le spectateur à s’y retrouver, on finit par se sentir un peu délaissés, mis à l’écart de la passion et de l’énergie qui animent clairement les deux interprètes, au demeurant excellents. Une performance qui questionne autant le corps que l’étiquette de « danse » qui lui  est collée et qui, finalement, reste peu présente.

Sang bleu
Chorégraphie et interprétation par Andréane Leclerc et Dany Desjardins. À La Chapelle jusqu’au 2 mars 2018.

Laisser un commentaire