Angela Konrad, créatrice de ponts

Angela-Robot-impression-crédit Julien Blais

Artiste en résidence à l’Usine C depuis 2015 jusqu’à l’automne 2018, Angela Konrad y présente Les robots font-ils l’amour ? Une adaptation de l’essai scientifico-philosophique éponyme du médecin-entrepreneur Laurent Alexandre et du philosophe spécialiste des nouvelles technologies Jean-Michel Besnier. 


Konrad, par le biais de son statut de professeure à l’UQAM, se fait un devoir de guetter les nouveautés en termes de publications scientifiques. En octobre 2016, elle découvre l’essai Les robots font-ils l’amour ? Le transhumanisme en 12 questions publié chez Dunod un éditeur qui se spécialise dans « des ouvrages d’enseignement supérieur, d’accompagnement professionnel et de culture générale. »

L’essai est écrit à la manière d’un dialogue. Les deux auteurs, dans le prologue du livre, se permettent même de décrire l’ouvrage comme « une querelle, un débat ferme, une dispute agonistique, de celles que pratiquaient les Grecs antiques pour le plus grand bien de leur démocratie ». Jean-Michel Besnier penchera davantage pour le bioconservatisme (NDLR : Les défenseurs d’organismes vivants, de la vie biologique) tandis que Laurent Alexandre s’éprend du transhumanisme.

Avec Les robots font-ils l’amour? Angela Konrad tente de créer des ponts entre colloque universitaire et spectacle de théâtre, arts et sciences, didactisme et divertissement, politique et philosophique ainsi que bioconservatisme et transhumanisme. L’adaptatrice et dramaturge s’intéresse beaucoup à la question de la construction, de l’agencement et de la progression dramatique. Malgré le titre du spectacle identique à celui de l’essai, Konrad prend le matériau de base textuel comme une inspiration.  Elle écrit un faux-colloque basé sur l’essai de Besnier et Alexandre, mais elle crée elle-même les débats, fait intervenir d’autres extraits de textes et construit plusieurs personnages.

Pourquoi avoir choisi ce texte ? Le transhumanisme n’est pas un sujet chaud au Québec. Sentez-vous la nécessité citoyenne d’apporter le débat au Québec ?

C’est exactement ça. Quand j’ai lu le livre, j’ai mesuré ma propre ignorance et face à ça, j’ai éprouvé le besoin urgent de partager ces connaissances avec le public. Je ne suis pas spécialiste, évidemment, des nanotechnologies ni de l’intelligence artificielle, ma spécialité est le théâtre.

J’avais envie de théâtraliser un discours scientifique qui transmet un certain nombre de connaissances. Comme mes deux domaines sont à la fois le théâtre et l’université, je me suis dit que ce serait assez intéressant de créer un faux-colloque comme situation de départ pour théâtraliser ce discours.

On rentre dans ce spectacle comme dans un colloque universitaire. On commence par un état des lieux de la recherche, on éclaire les notions de transhumanisme, d’intelligence artificielle faible et forte, de nanotechnologies, etc. Cependant, dès le début, il y a des signes distinctifs d’éruptions et d’éléments accidentels qui font que l’humain surgit. Dans ce débat très complexe qui véhicule son lot d’angoisses, l’humain apparaît.»

Quelles sont les difficultés de prendre un essai scientifico-philosophique et de le transposer sur scène ?

La question a été : comment transmettre à la fois du contenu tout en divertissant ? Il y a toujours les deux choses qui m’intéressent. Le grand défi de cette adaptation est d’un côté ne pas tomber dans le didactisme et, en même temps, donner à la théâtralité toute sa place.

Ce sont des personnages/professeurs d’un colloque universitaire, comment travaillez-vous la figure de l’intellectuel ?

La figure de l’universitaire ou le personnage de l’intellectuel est absent dans la dramaturgie québécoise actuelle. C’est un défi extraordinaire, non seulement de faire apprendre à des acteurs un discours scientifique, mais aussi de les faire travailler sur la construction du personnage. Ce sont des humains qui sont derrière les spécialités et les compétences. Il faut, alors, travailler la question du personnage intellectuel avec un regard très tendre sur les universitaires. Ça donne une drôle de communauté qui essaye de débattre sur le sujet et qui se rend compte rapidement qu’un débat contradictoire n’est plus possible parce qu’on ne peut pas être pour ou contre la science, on peut qu’essayer d’éclairer la question pour finalement faire des choix personnels.

Pourquoi avoir choisi le théâtre pour aborder ce sujet ?

En tant que femme de théâtre, je considère que le théâtre peut porter ces connaissances. Dans un monde d’une complexité folle, où la science-fiction a complètement rejoint la réalité. L’impossible est devenu possible, on est un peu perdu, j’ai l’impression. On commence à en parler du transhumanisme, il y a eu des projets comme Post Humains, etc, mais je crois que ce projet-là fait un pont entre la communauté scientifique et la communauté théâtrale. Le théâtre crée le lien entre une approche politique et philosophique du sujet. 

Les robots font-ils l’amour?
Adaptation et mise en scène d’Angela Konrad. D’après l’essai de Laurent Alexandre et Jean-Michel Besnier. Interprètes : Stéphanie Cardi, Philippe Cousineau, Dominique Quesnel, Marie-Laurence Moreau et Lise Roy. Usine C, 27 février – 3 mars, 6 mars – 10 mars.

Auteur : Steave Ruel

Acerbe, irrévérencieux, satirique, ironique, sarcastique et cathartique sont mes adjectifs préférés.

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