Koltès: Le désir des humains

Entre Bernard-Marie Koltès et Brigitte Haentjens, il semble avoir une histoire d’amour. La metteure en scène plonge de nouveau dans l’oeuvre de l’écrivain français avec Dans la solitude des champs de coton, et nous offre un face à face théâtral avec Sébastien Ricard et Hugues Frenette. Une création vertigineuse à l’image de l’écriture de l’auteur dramatique.

Koltes Prod 3_Jean-Francois Hetu© Jean-Français Hétu

Koltès, ce sont les mots avant tout. Un jeu avec le langage, le rythme et les images. On ressort souvent de ses textes avec l’impression d’avoir monté à bord d’un train qui file à toute allure. C’est la vitesse, mais aussi la force d’évocation, la poésie, et la densité. Souvent écrit dans un long souffle, il ne s’agit pas de la traditionnelle pièce théâtrale divisée en actes.

Dans la solitude des champs de coton est une histoire de rencontre entre deux hommes. L’un dealer et l’autre, client potentiel. C’est en tout cas, les rôles qui se dessinent dans leur joute verbale alors que le premier affirme posséder ce que l’autre désire, sans jamais qu’on ne connaisse l’objet de ce désir.  Une joute verbale qui s’avère être une joute philosophique dépassant la simple transaction.

Confrontation

Ou est-ce plutôt cela, nos relations vues comme des transactions, régies qu’elles le sont par des lois d’offre et demande. Rien n’est donné gratuitement suggère cyniquement ce petit ouvrage de 60 pages. Et c’est dans un décor inquiétant que les spectateurs pénètrent pour découvrir ce rapport sauvage. Il est toujours impressionnant de constater la capacité de modulation de l’Usine C, qui pour l’occasion, s’est transformé en une sorte d’arène. Un terrain hostile pour libérer la parole.

Un chemin sépare les deux gradins sur lesquels on prend place, accompagnés de la trame sonore répétitive, languissante de Bernard Falaise qui pose bien les bases d’une ambiance grave. Ce chemin est la rue, la ruelle, le champs, le lieu indéfini où deux hommes se rencontrent pour donner lieu à ce tableau où le contact et la communication se font toujours dans une dynamique d’interdépendance et de redevance.

Centré sur le thème d’un désir qu’on ne nomme pas, qu’on ne connait pas encore, les personnages portent en eux une dualité disséminée partout dans le texte. Les couples obscurité/lumière, animaux/hommes, celui qui propose/celui qui désire s’opposent et rythment cette confrontation d’avant le conflit réel. Celui, physique, qui n’apparaît qu’à la fin lorsque le client demande « Quelle arme? ».

Une performance exigeante

Il semble extrêmement difficile d’interpréter du Koltès, car celui-ci écrit souvent en monologues. La nuit juste avant les forêts mis en scène par Haentjens en 2013 et porté par Sébastien Ricard est souvent considéré comme une longue phrase de 25 pages.
Dans la  solitude des champs de coton ne s’en éloigne qu’à cause de la présence de deux protagonistes qui se répondent à coups de longues tirades. Et on arrive à le percevoir, à le sentir, cet amour de la langue qu’avait Koltès, qui arrivait à rendre celle-ci foisonnante. Très propre et en même temps très proche de la rue.

La performance des deux comédiens est bien sûr caractérisée par leur maîtrise du texte, les émotions qu’ils arrivent à insuffler au bon moment, car recevoir un récit aussi dense peut être autant éprouvant pour nous que pour eux. Mais il y a aussi cette danse à la limite du rituel qu’ils exécutent. Leurs mouvements tantôt de prédateur et proie enlèvent le statisme qu’aurait pu contenir la pièce. Mine de rien, en tant que spectateur, juste le geste de tourner sa tête à droite et à gauche en suivant scrupuleusement le déplacement des comédiens augmente notre engagement, notre attente impatiente, notre désir duquel on n’avait même pas conscience en entrant dans la salle.

Dans la solitude des champs de coton
Texte: Bernard-Marie Koltès. Mise en scène: Brigitte Haentjens. Interprètes: Séabstien Richard et Hugues Frenette. 23-27 janvier, 30-3 février, 6-10 février. Usine C.

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