« Dance me »: La poésie dansée de Leonard Cohen

DanceMe
© Marc Montplaisir

Inspirée de l’œuvre du grand poète et musicien Leonard Cohen, Dance me, la nouvelle création des Ballets Jazz de Montréal, est présenté comme le projet le plus ambitieux de la compagnie qui fête ses 45 ans. On y fait le pari de rendre un hommage dansé à l’œuvre de l’artiste montréalais.

Sous la direction artistique de Louis Robitaille, ce sont trois chorégraphes de renom – Annabelle Lopez Ochoa, Andonis Foniadakis et Ihsan Rustem – qui ont relevé le défi de mettre en mouvement la poésie chantée de Leonard Cohen. Il n’en fallait pas moins pour s’attaquer à l’œuvre immensément riche du regretté artiste. Sans doute en fallait-il plus.

Leonard Cohen est à la fois la muse, l’acteur et le sujet principal de cet hommage. Sa légendaire silhouette coiffée de son éternel chapeau noir plane sur l’ensemble du spectacle, projetée sur l’écran ou incarnée par les danseurs eux-mêmes. Les quatorze interprètes se font les avatars de Cohen, et forment ensemble l’incarnation dansante de son œuvre immense.

Leurs gestes s’étirent gracieusement dans sa poésie, épousent les courbes de ses vers et battent le rythme de sa musique. C’est dans cette harmonie audacieuse et synesthésique que l’hommage, qui se confond ici avec la création, devait trouver son sens, et c’est de là qu’il devait tirer sa réussite. Réussite qui ne sera finalement que partielle.

Le défi de la cohérence

Une quinzaine de chansons et un poème donnent lieu à autant de tableaux, de Suzanne (1967) à It Seemed the Better Way (2016) en passant par So long Marianne et Hallelujah, toutes deux interprétées a capella par une danseuse et un danseur. Pour donner vie à cette rétrospective dansée, chaque chorégraphe s’est emparé de ces fragments d’œuvre avec son style et son univers, et c’est sans doute là que le bât blesse. Car ce que cet hommage gagne en éclectisme, il le perd en cohérence et on a parfois l’impression que les tableaux s’enchainent comme des vidéos sur Youtube.

Le spectacle est divisé en cinq parties censées évoquer différentes étapes de la vie de l’homme et de l’artiste, avec ses émotions et ses enjeux particuliers. On peine toutefois à distinguer ces cinq moments, et les trois chorégraphes semblent s’être contentés de juxtaposer les multiples facettes de l’œuvre et de la vie de Leonard Cohen, sans trouver la clé pour rendre compte de l’émotion générale si singulière suscitée par son génie créatif pendant plus de soixante ans.

Néanmoins, considérés individuellement, la plupart de ces tableaux parviennent à illustrer délicatement la poésie de ses mots. Les moments de grâce ne manquent pas au cours de cet hommage, et on succombe aisément au charme des corps qui se meuvent au gré de la voix chaude et profonde du chanteur disparu en 2016.

Tour à tour gracieuse et athlétique, sobre et sophistiquée, la chorégraphie qui oscille entre ballet et danse contemporaine chemine à travers l’œuvre éclectique du poète. Les danseurs vont et viennent, seul, à deux, ou en groupe selon les tableaux. Ils marchent, courent, rampent et voltigent, formant des duos aériens tout en portés, se livrant à des corps à corps combattifs et sensuels ou à des mouvements synchronisés au sol. L’ensemble est globalement réjouissant, parfois surprenant.

Comme l’œuvre du poète, le spectacle n’est pas dénué de sensualité, d’humour et d’insolite, mais on peut s’interroger sur la pertinence des choix de certains accessoires et effets visuels (barre de pole dance, bouche rouge animée), qui ne rendent pas toujours hommage à l’élégance sobre de Leonard Cohen.

Présenté à Toronto le 15 décembre puis Ottawa en février, le spectacle entamera ensuite une longue tournée mondiale durant les quatre prochaines années. Peut-être aura-t-il l’occasion d’évoluer, pour magnifier ce qui reste avant tout une très belle initiative en hommage à Leonard Cohen.

 

Dance me
Direction artistique de Louis Robitaille. Chorégraphies d’Annabelle Lopez Ochoa, Andonis Foniadakis, Ihsan Rustem sur la musique de Leonard Cohen. Interprètes: Céline Cassone, Alexander Hille, Brandi Baker, Yosmell Calderon, Jeremy Coachman, Kennedy Henry, Kennedy Kraeling, Pier-Loup Lacour, Andrew Mikhaiel, Benjamin Mitchell, Saskya Pauzé-Bégin, Mark Sampson, Izabela Szylinska, Ashley Werhun. Mise en scène d’Éric Jean. Direction musicale de Martin Léon.
Présenté par Danse Danse jusqu’au 9 décembre au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.

Un commentaire

  1. J’ai vraiment hâte de voir ce spectacle, mais j’attendrai le temps qu’il faudra avant sa représentation en France. J’espère ne pas être déçue par les chorégraphies ou les prestations des comédiens.

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