Vic et Flo: Entre amour et horreur

VicandFlo_Maxime Cote© Maxim Côté

Mise en scène par Michael Mackenzie et présentée par Talisman Theatre au Centaur Theatre, Vic and Flo saw a bear nous plonge dans l’univers de deux ex-détenues sous haute supervision. Adaptation théâtrale en langue anglaise du film Vic et Flo ont vu un ours de Denis Côté, la pièce dévoile le côté sombre et en même temps lumineux de l’être humain.

Sortie de prison depuis trois jours, Vic, interprétée par Julie Tamiko Manning, vit recluse dans un chalet appartenant à son oncle. Celui-ci est malade et ne peut sortir de l’hôpital. Puis, Vic reçoit la visite de Flo, jouée par Natalie Liconti, elle aussi ancienne détenue. Les deux se connaissent déjà et entretiennent une intense liaison amoureuse. Plus jeune que sa copine, Flo rêve d’une vie normale pour son âge, avec un travail, des amies et des sorties.

Elles seront rapidement importunées par deux autres personnages : Daniel, l’agent de probation interprété par Alexandre Lavigne, et Jackie, campée par Leslie Baker. Le premier ne cesse de talonner Vic sur ses choix de vie, principalement sur sa relation avec Flo. Dans le cas de Jackie, elle se fait passer pour une employée de la municipalité, puis en vient à conseiller Vic sur son jardin. Plus tard, on apprendra qu’elle connaît Flo et qu’elle a de mauvaises intentions. La pure méchanceté de l’être humain se mêle de la partie.

L’originalité du spectacle réside dans la transformation réussie du scénario d’un film en pièce de théâtre. D’abord, la scène est divisée en deux parties par un muret sur lequel on trouve une lampe et d’une pelle. À gauche, la cour avec un jardin et à droite, le chalet. Avec un décor minimaliste, contrairement à celui du film, la pièce réussit à captiver le spectateur. Celui-ci se laisse prendre aisément par l’histoire grâce aux jeux de lumières, à la lenteur des répliques et aux images projetées sur le mur arrière. On y voit des arbres, des gouttes de pluie et, à la toute fin, un grand ciel bleu couvert de points blancs où les acteurs se dissimulent.

Autre élément important : le silence. À plusieurs reprises, le spectateur se voit piégé par la noirceur. De manière pratique, cela permet, bien sûr, les changements de scène. Par contre, cette façon de faire donne beaucoup d’espace au spectateur, car les émotions lui sont envoyées sans explication. Dans les courts moments de silence et de noirceur, on prend le temps de recevoir ce que l’on vient de voir tout en anticipant la prochaine scène. Une belle exécution du metteur en scène, puisque cela crée une atmosphère à la fois tendue et excitante.

Les émotions s’avèrent centrales dans cette pièce. Les personnages écoutent leurs profonds sentiments et hésitent à trop analyser leurs déboires. Par exemple, Vic, allongée sur une chaise pliante, pleure seule dans sa cour. Ensuite, on la voit rire à gorge déployée. Au tour de Flo qui arrive enjouée avec une piscine gonflable à la main, pour, quelques secondes plus tard, entrer dans un état colérique. En conséquence, le spectateur se sent près des personnages, puisque leurs émotions sont brutes et sans détour.

Le thème de la solitude revient maintes fois dans la pièce. Par moment, le spectateur ressent très bien celle de Vic, éloignée non seulement de la société par la distance qui sépare son chalet de la ville, mais aussi par les choix qu’elle a faits dans le passé. Bien que l’on sache qu’elle ait tué, on ne sait pas qui, ni comment. La solitude des condamnées et leur distanciation, voulue ou non, de la société civile s’avère une thématique intéressante soulevée par Vic and Flo saw a bear.

Bref, la pièce présente l’humain avec son passé, ses émotions et ses comportements remplis de bonté et d’horreur, comme l’a fait   Denis Côté dans son film. Dans cette adaptation, Michael Mackenzie a bien su traduire, non seulement les textes, mais aussi l’atmosphère ambivalente si caractéristique de l’œuvre de Côté.

Pour ajouter à cela, on salue la belle initiative de Talisman Theatre, fondée en 2005, de faire découvrir la culture québécoise aux Montréalais anglophones. Malgré la proximité spatiale entre les deux cultures, le fossé demeure grand entre elles et, trop souvent, elles n’osent pas examiner ce qui se fait dans l’autre langue tant dans les domaines de la littérature, du cinéma et du théâtre. La perche est désormais tendue.

Vic and Flo saw a bear
Scénario original : Denis Côté. Mise en scène et traduction de Michael Mackenzie. Avec Julie Tamiko Manning, Natalie Liconti, Alexandre Lavigne et Leslie Baker. Une production de Talisman Theatre. Au Centaur Theatre jusqu’au 2 décembre.

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