La critique littéraire à l’épreuve du temps

PhotoBooktube© Marion Malique

Dans le cadre de la 40ème édition du salon du livre de Montréal, qui a pris fin le 20 novembre dernier, le public a pu assister à une table ronde sur  Les nouveaux influenceurs littéraires. Ces prescripteurs de la toile sont de plus en plus nombreux à répandre leur passion pour la lecture. Sujet au cœur de l’actualité littéraire, le phénomène des booktubeurs ravive le débat sur l’avenir de la critique.

Animé par le chroniqueur littéraire à l’émission Plus on est de fous, plus on lit !  Jean-Philippe Cipriani, en présence de la booktubeuse Audrée Archambault, des auteurs Élise Desaulniers et David Goudreault et de la conseillère web au groupe Librex Janie Thibault, le débat s’est ouvert sur ce nouveau genre éditorial. Le booktubeur se sert de Youtube pour partager ses lectures à travers des vidéos, parfois drôles, colorées ou même avec des effets spéciaux. Chacun a sa propre marque de fabrique. Et au Québec, même s’ils sont encore peu nombreux, certains se démarquent et se sont fait un nom dans ce nouvel horizon littéraire.

« J’ai eu envie d’avoir ma propre ligne éditoriale indépendante. J’ai d’abord pensé à un blog, puis j’ai comme eu une illumination pour Youtube, je me suis dit que c’était un bon moyen de sortir des sentiers battus et je me suis lancée dans l’aventure », raconte Mélanie Jannard en entrevue. Avec plus de 1000 abonnés, Mélanie est auteure et booktubeuse depuis deux ans. Elle a lancé sa chaîne dans le but de faire découvrir la littérature autrement. « Mon objectif c’est de rejoindre des gens qui n’ont jamais eu les bonnes cartes en main pour découvrir la lecture », explique-t-elle.

Son leitmotiv, c’est de donner goût à la lecture, de dépoussiérer un peu l’image du livre en partageant avec originalité son amour pour la littérature québécoise. « Grâce au support vidéo, les internautes s’identifient plus facilement, ils se disent que je pourrais être leur amie, il y a une proximité intéressante », ajoute la jeune femme. Malgré l’importante marge de manœuvre que confère Youtube, Mélanie essaie toujours de garder une structure qui lui est propre en faisant des analyses profondes du sujet. Elle ne se considère pas comme une critique littéraire pour autant, mais plutôt comme « une lectrice qui parle de ses lectures ».

 Audrée Archambault, quant à elle, possède 3000 abonnés et partage sur sa chaîne  Elle M bouquiner  ses coups de cœur et donne un ton friendly  à ses vidéos. Les deux booktubeuses québécoises n’ont pas le même style et n’ont pas la même manière de travailler. Toutefois, elles ont la même approche. « Être booktubeur, c’est une façon différente de faire rayonner la littérature grâce à laquelle il est possible de s’adresser à un public qui n’a pas forcement l’habitude de lire », estime Audrée dans sa prise de parole à la table ronde.

Deux rôles distincts, mais  complémentaires

Malgré l’effervescence des réseaux sociaux et l’ascension des booktubeurs, la critique littéraire subsiste. Souvent jugée comme étant moins accessible et plus formelle, elle reste bien présente sur papier ou dans les médias web spécialisés. « La rareté crée la valeur et les critiques sont là parce que des gens qui sont moins friands des réseaux sociaux viennent les chercher. Dans ce cas, le rôle du critique est plus important et diffère des autres », avance David Goudreault dans son intervention. Le public et les attentes ne sont donc pas les mêmes. « La critique littéraire offre une expertise que le booktubeur n’a pas, c’est ce qui change les choses », ajoute Jean-Philippe Cipriani.

Audrée et Mélanie abondent dans le même sens. Pour elles, il s’agit de deux approches distinctes avec une démarche unique. Une critique favorable dans Le Devoir aurait-elle plus de poids qu’une critique sur Youtube ? Unanimes, les participants au débat trouvent que la forte visibilité des nouveaux influenceurs leur donne un avantage, même s’ils ne visent pas le même public que les critiques littéraires.

Jean-Philippe Cipriani ne se sent pas menacé par l’émergence de ces nouveaux supports. « Les booktubeurs vont faire découvrir la lecture à des personnes qui ne sont pas dans le même bain que moi. En étant chroniqueur littéraire, je ne suis pas un public cible, je pense qu’ils ont leur place et que c’est une cohabitation et une diversité nécessaires dans le paysage littéraire. On ne parle jamais trop de livres et de lectures. »

Mais à la différence d’une critique dans un média traditionnel, les réseaux sociaux permettent de prolonger la vie des livres, de relancer la machine, d’interagir et de partager instantanément sur les sujets. Même si le phénomène des booktubeurs ne représente pas un danger pour l’avenir de la critique, celle-ci pourrait être amenée à se réinventer, à remodeler son narratif à travers de nouveaux supports par exemple. « Mais peu importe la stratégie, c’est l’intention qui compte, la passion qui compte, l’amour du livre », conclut David Goudreault.

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