Fluidité des genres : Décloisonner le stéréotype ou le renforcer

Tangente_La-mecanique-des-dessous_PhotoYvesGigon_InterpreteManuelShink-1024x717© Yves Gigon

Depuis le 16 novembre, Tangente propose deux pièces aux dramaturgies bien différentes. Toutes deux s’interrogent sur les genres et les constructions sociales qui les entourent. L’une propose une marche lascive et sensuelle très graphique et esthétique, l’autre, un propos plus assumé, de l’absurde et une recherche scénique très intéressante.

La première pièce proposée est un solo, La mécanique des dessous, chorégraphié et interprété par Manuel Shink. L’artiste nous dévoile un personnage androgyne, un homme à barbe qui emprunte l’identité d’une femme. Il marche et déambule en talons dans l’espace, jouant avec différents voiles et dévoilant sa sensualité, son corps et son assurance.

Les lumières ont une place primordiale dans la pièce et créent des effets d’ombres et des ambiances très différentes, très graphiques et esthétiques. On semble s’immerger dans des photographies à chaque scène.

Malgré quelques moments d’ennui et de pauvreté chorégraphique, la pièce peut plaire par son esthétisme. Cependant, se revêtir de talons, de voiles et jouer avec sa longue chevelure, n’est-ce pas simplement une manière de rejouer un stéréotype ? Le chorégraphe souhaite déconstruire la dichotomie masculin/féminin, mais ici, il ne fait que rajouter une couche au cliché de la femme et de ses habitudes gestuelles et vestimentaires, sans aller plus loin. C’est donc une pièce un peu vide de sens qui a finalement été présentée devant nos yeux.

Tangente_Children_of_chemistry_photo-JustineLatour_interpretes-Miguel-Anguiano-Jossua-Collin-1024x937© Justine Latour

Imaginer d’autres définitions, par l’absurde et la beauté

De son côté, le chorégraphe Sébastien Provencher ne souhaite pas dénoncer les stéréotypes, mais cherche davantage à proposer diverses définitions de la masculinité. Il s’interroge alors sur les impacts des gestes, des postures et des attitudes qui façonnent et renforcent les clichés, au quotidien.

Dans sa pièce Children of chemistry, cinq hommes sont mis en scène et incarnent à la fois l’hyperféminité, l’hypermasculinité, mais aussi toutes les identités qui se retrouvent entre ces deux pôles. En s’inspirant de références pop, des univers du sport et de la mode, le créateur nous amène dans un monde ludique haut en couleur, parfois beau, parfois absurde, qui se moque des codes et propose un chemin vers la réflexion.

Les cinq interprètes captivent d’abord le public par leur précision, leur lenteur et leurs regards intenses, pour ensuite offrir un défilé des plus loufoques et nous faire réaliser à quel point nos représentations genrées sont ancrées dans nos mentalités. Enfin, c’est un entrainement physique assez original qui plonge les interprètes dans une masculinité ridicule jusqu’à les faire suer, pour finalement les amener à vivre un moment suspendu, où leurs corps s’enlacent et laissent place à la beauté d’un instant, lumière tamisée et imagination éveillée.

La soirée a soulevé beaucoup d’interrogations qui ont grandement animé la discussion à la fin de la représentation. Comment montrer la multiplicité des genres sans tomber dans le stéréotype ? Comment s’affranchir des codes dans notre société occidentale ? L’art se doit d’aborder des questions sociétales de ce type et de présenter un point de vue.

Il faudrait cependant pouvoir appuyer clairement son propos et ne pas reproduire ce qu’on dénonce, à savoir la fabrication de stéréotypes dans nos sociétés occidentales. Tâche difficile, donc. Pour éviter de tomber dans le piège, il est possible de ne pas chercher à dénoncer, mais plutôt de montrer cette réalité genrée, comme l’a subtilement fait Children of chemistry de Sébastien Provencher, afin de laisser libre cours aux échanges d’idées et d’interprétations. De grands questionnements qui, grâce à cette soirée, se dévoilent et ont l’opportunité de prendre leur place.

La mécanique des dessous
Chorégraphe et interprète Manuel Shink / Dramaturge Emily Gualtieri / Oeil extérieur Lucie Grégoire Danse / Conception des éclairages Leticia Hamaoui / Costumes Angelo Barset

Children of chemistry
Chorégraphe Sébastien Provencher / Interprètes Miguel Anguiano, Collin Jossua, Jean-benoit Labrecque, Louis-Elyan Martin, Alexandre Morin / Interprètes à la création Julien Mercille, Abe Simon Mijnheer, Gabriel Painchaud / Répétitrice Helen Simard / Compositeur Hani Debbache / Conception des éclairages Nancy Buissières

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