Effritement du modèle traditionnel du couple

Danslechampamoureux2© Éva-Maude TC Photographe

Catherine Chabot ne fait pas dans la dentelle. Sa nouvelle pièce Dans le champ amoureux  présenté à l’Espace Libre jusqu’au 25 novembre prochain, aborde de front les débordements psychologiques liés au concept du couple, un statut qui ne convient pas à tous.

Un lit double, accessoire emblématique du couple, s’impose au centre de la scène. Un fauteuil, des livres et un tourne-disque complètent le décor. Dès les premiers instants, les tergiversations débutent. Une auteure à l’aube de la trentaine, interprétée par Catherine Chabot, refuse catégoriquement que son copain, joué par Francis-William Rhéaume, passe la soirée avec une autre femme. En plus, il a déjà couché avec celle-ci.

Suite à cette annonce, elle ne tient plus en place. Tantôt sautant sur le lit, tantôt accroupie sur le fauteuil, la jeune femme est tourmentée par les agissements de son copain. Celui-ci, un doctorant en philosophie, lui rappelle que les concepts du couple, de la fidélité et de l’amour ne tiennent plus la route dans le monde d’aujourd’hui. Elle n’a donc pas à s’en faire.

Convaincu de sa supériorité intellectuelle et nourri de jugements envers sa copine, notamment sur son niveau d’éducation, il ne cesse de lui rappeler qu’elle sera incapable d’aimer un autre homme. Ainsi, entre des scènes de sexe, des blagues reflétant l’absurdité de leur situation et des citations de grands philosophes, les deux se blessent mutuellement.

Dans la dernière partie de la pièce, un ami humoriste de l’auteure incarné par Fayolle Junior Jean, se joint à la partie. Au départ, les deux se racontent leurs péripéties et passent une soirée plutôt joyeuse. Par contre, il se fait prendre au jeu et lui, qui était, léger et drôle, devient moralisateur à son tour face aux dires de son amie.

Danslechampamoureux1© Éva-Maude TC Photographe

De manière générale, Catherine Chabot démontre bien comment la manipulation, provenant de notre peur d’être nous-mêmes, nous pousse vers des excès de tortures psychologiques. D’ailleurs, une des qualités de la pièce consiste en sa capacité à nous faire prendre conscience de nos comportements envers l’autre. Maintes fois, ils ne sont que le reflet de nos propres peurs. Par exemple, est-ce que la fidélité ne serait que le résultat de notre éternelle crainte de la solitude ? Camouflées depuis des siècles sous le concept du couple, se cachent assurément des inquiétudes profondes quant au vide existentiel sans l’autre.

La dramaturge arrive également à cerner l’humain dans toute sa complexité en ciblant ses insatisfactions. En effet, les trois personnages n’arrivent pas à achever leurs projets respectifs. Le philosophe n’a toujours pas publié d’ouvrage, l’auteure n’arrive pas à terminer son roman et l’humoriste ne joue que dans de petits bars. Leurs frustrations passent ainsi dans leurs relations amoureuses parsemées de mensonges et de désirs refoulés. Les trois ne réussissent pas à s’élever au-dessus de ces manigances et restent coincés dans un cercle où l’un cherche à dominer l’autre et à se prouver constamment.

Moins lourde que Table rase, Dans le champ amoureux ne réinvente pas la roue. Bien que les dialogues se rapprochent parfois de querelles entre de jeunes adolescents en quête d’attention, la pièce propose toutefois de belles remises en question sur des concepts trop souvent pris pour acquis. À travers ses textes et agissements à la fois drôles et tragiques, l’auteur/actrice arrive à nous faire rire de nos décisions irrationnelles tout en nous les remettant en pleine gueule.

Dans le champ amoureux
Texte: Catherine Chabot. Mise en scène de Frédéric Blanchette. Avec Catherine Chabot, Francis-William Rhéaume et Fayolle Junior Jean. Une production de Corrida parrainée par  le Nouveau Théâtre Expérimental. À l’Espace Libre du 7 au 25 novembre.

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