Antioche ou la révolte adolescente

Bandeau Antioche-1© Service de presse

La dernière création de la dramaturge Sarah Berthiaume, Antioche, sera présentée à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier dès le 7 novembre. Dans une mise en scène de Martin Faucher, la pièce adressée entre autres aux adolescents, explore des thèmes universels qui grandissent en chacun de nous.

Antioche adopte la posture d’une réflexion contemporaine sur des thèmes vieux comme le monde, et joue sur les formes et la temporalité. C’est une histoire qui donne la parole à Jade, cette adolescente toujours en criss, à Antigone, personnage mythique de l’Antiquité et à Inès, cette mère porteuse d’un récit qui s’efface dans ses silences.

La pièce a été écrite dans le contexte médiatique du départ de jeunes montréalais vers la Syrie afin de rejoindre l’État Islamique en 2015. « Ce qui m’a interpellé dans tout ce que j’ai lu, ce à quoi ces départs répondent, c’est à une soif d’absolu et une quête de sens, et c’est propre à l’adolescence. » L’auteure n’a pas voulu faire une pièce moralisatrice en abordant le sujet de la radicalisation, un terrain épineux selon elle. « C’est une pièce où je me questionne sur ce qui se passe dans notre monde et j’essaie de les [adolescents] inclure dans cette réflexion-là, de trouver des échos qui puissent résonner chez eux. »

Chacune des héroïnes d’Antioche incarnent cette révolte avec ses propres subtilités. « Jade est très en colère contre la société. Elle fait des listes de choses qui la mettent en criss. C’est un peu sa manière de gérer sa colère. » Quant à Antigone, elle est à la fois le personnage de Sophocle, morte dans une tragédie il y a 2500 ans, et en même temps l’adolescente qui veut faire jouer la pièce par la troupe de son école secondaire. « Pour écrire, je me suis inspirée du dessin animé Daria. C’est un peu cette dynamique-là de filles très intelligentes avec beaucoup de décalage, qui ont beaucoup de mépris pour le milieu dans lequel elles évoluent. »

Dans les deux actes qui composent la pièce, les actions sont campées dans des réalités disctinctes. Dans la première partie, les personnages sont dans un bungalow d’une banlieue québécoise. La seconde partie est celle de la fuite où Jade, qui s’est radicalisée, part rejoindre un garçon rencontré sur Internet et se retrouve dans une station-service sur le bord de l’autoroute à Antioche, en Turquie. « C’est l’une des dernières villes en occident avant de traverser la frontière et de passer de l’autre côté.  Donc, j’ai décidé de ne pas traiter cette ville de manière documentaire, parce que je n’y suis pas allée, mais plutôt de la prendre comme une ville frontière, comme un carrefour entre l’orient et l’occident, entre un ici et un ailleurs. »

Les façons de raconter

En plus de la présence d’Antigone dans la pièce, on retrouve des choses improbables et en même temps bien réelles dans le monde de Sarah Berthiaume, qui affectionne beaucoup le mouvement du réalisme magique. « J’instaure dans cette ville l’idée qu’il y a une brèche temporelle. On va se rendre compte que la mère Inès, au même âge que sa fille, a décidé de fuir son pays du Moyen-Orient que je ne nomme pas. Et elle va croiser sa fille qui fait le trajet inverse une vingtaine d’années plus tard. » Ce procédé permet à l’auteure de confronter ses personnages et leurs visions opposées du monde, de souligner l’enjeu de la relation mère-fille. « On en a une qui veut vivre, qui a l’utopie de cet occident de liberté où tout est possible. Et on a la fille qui a besoin d’une cause, qui a besoin de se battre pour donner un sens à sa vie. »

Une grande liberté, c’est ce que dit ressentir Sarah Berthiaume en utilisant cette façon de mettre en scène ces histoires. « La place du théâtre, c’est de fantasmer, d’être dans la fable, dans l’imaginaire, et de faire survenir ce qui ne peut pas arriver dans la réalité. Le théâtre sert à questionner ces possibles. »

Antioche
Texte de Sarah Berthiaume. Mise en scène de Martin Faucher. À la salle Fred-Barry, du 7 au 25 novembre. Interprètes: Sharon Ibgui, Sarah Laurendeau, Mounia Zahzam.

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