L’éros sur scène

Avec Éros Journal, le chorégraphe David Pressault nous ouvre les portes d’un univers charnel où l’Éros se dévoile sous ses formes les plus complexes. Présentée en collaboration avec Danse-Cité au Théâtre Prospero, la pièce questionne notre rapport à un thème bien connu et un Dieu qui l’est beaucoup moins.

David Pressault, qui collabore avec Danse-­­Cité depuis une quinzaine d’années, n’en est pas à son premier coup d’essai puisque déjà en 2011 (à l’UQAM), il déposait son mémoire de maitrise intitulé Éros et Pouvoir : Regards jungiens sur les situations d’abus de pouvoir entre chorégraphes et danseurs contemporains. Autant dire qu’il a déjà un temps d’avance sur nous, spectateurs novices, qui arrivons dans la grande salle noire du Théâtre Prospero avec nos gros sabots et nos vagues idées reçues.

Pédagogue, le chorégraphe nous prend de suite par la main et nous mène en terrain connu. De la musique pop, une mise en scène simple, quelques graphiques évocateurs, et voilà que commence un défilé des plus beaux clichés que nous pouvons avoir sur le Dieu grec de l’amour. Figure allégorique du désir, nous le réduisons trop souvent au sexe et aux jeux de­­ séduction. Mais s’il prend soin de bien nous mettre à l’aise dans ce décor familier, c’est seulement pour mieux déconstruire par la suite cette image populaire et nous introduire dans son univers fantasmatique.

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© Danse-cité

Naturellement, le schéma répétitif dans lequel nous sommes plongés va peu à peu se dérégler. Les six danseurs (trois hommes et trois femmes) commencent à sortir du cadre dans lequel ils étaient coincés jusque-là et nous offrent de nouvelles images; le rapport aux corps se complexifie, les mouvements sont plus provocants. L’abondance et l’originalité des costumes jouent aussi dans ce sens et nous aident à changer de regard. Nous voilà maintenant en pleine immersion dans l’univers du chorégraphe, au cœur de son journal dansé déstructuré, de ses affirmations et questionnements, bercés par une bande son aussi éclectique que suggestive; de « la Vie en Rose » de Grace Jones à un puissant remix de « You don’t own me » de Lesley Gore.

Chez David Pressault, la recherche de l’Éros passe donc par à une déconstruction totale du sujet qui va bien au-delà de celle de l’interprétation pour s’immiscer carrément dans la mise en scène; les interprètes entrent peu à peu dans notre bulle de spectateur-voyeur et nous intègrent au spectacle. On nous offre des pommes, on s’assoit avec nous dans le public, ça jase… Un des membres du public sera même invité à rejoindre les danseurs qui, entre temps, semblent avoir abandonner leur rôle d’interprètes et errent sur scène. La confusion est totale; le spectacle est-il fini? Ne ferait-il finalement que commencer?

Si nous ressortons de la salle sans réponse toute faite, nous avons au moins la certitude que l’Éros n’est pas toujours là où on l’attend puisqu’il semble être partout. La séduction et la sexualité n’en sont que les facettes les plus connues mais que dire de l’aliénation, la soumission, la passion et du pouvoir? Certes nous n’aurons pas cerné tout le mystère de l’Éros en cette courte soirée mais comme le dit le chorégraphe lui-même: Si l’Éros a des ailes, n’est-ce pas parce qu’il est insaisissable et parce qu’il nous invite à vivre notre liberté?

Eros Journal, de David Pressault, avec Angie Cheng, Kimberley de Jong, Dany Desjardins, Karina Iraola, Gabriel Painchaud & Daniel Soulière. Présenté par Danse Cité, à voir au Théâtre Prospero, les 26- 27- 28- 31 octobre + 1. 2. 3. 4 novembre 2017.

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