Namae Ga Nai : L’avant-garde d’un langage éclectique

Le chorégraphe nippon Zan Yamashita présente sa création Namae ga nai dans le cadre de Dansu ダンス jusqu’au 28 octobre prochain. Une collaboration entre l’Agora de la Danse et Tangente qui propose une fenêtre ouverte sur la création chorégraphique japonaise.  

Namae Ga Nai est un spectacle danse-théâtre qui appelle à la réflexion du début à la fin. Avec une présence scénique très forte, l’interprète Kim Itoh joue de manière audacieuse avec des mots et des gestes subtils pour nous faire voyager dans un environnement poétique. Qu’est-ce qu’il faut pour comprendre une idée ? Quel est le langage idéal pour transmettre un message ? Namae Ga Nai nous montre que la forme en étant un peu confuse et libre permet une communication efficace, mais en même temps poétique.

Le solo du danseur Kim Itoh débute un peu en retard. L’interprète le justifie au début de la performance en disant qu’il a été attiré par un accident de train. Il marche lentement, exécute des mouvements d’équilibre sur une jambe, puis sur l’autre. Ensuite, il nous explique à travers des récits en japonais (sous-titrés en anglais) qu’il a ainsi vu des chairs meurtries et que c’est la raison pour laquelle il ne mange pas de hamburgers.

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© Vanessa Fortin

Son personnage est vêtu d’un one piece rouge, d’un bandeau sur la tête et d’un cache-œil. Un visuel très fort encadré par deux grands panneaux en bois, quelques pots de peinture et un escalier. Il incarne pourtant différents visages tout au long de l’œuvre en alternant entre différents sujets. Il parle par segments, de son expérience de travail avec des enfants, de l’équilibre, de l’immobilité, de ce qu’on peut nommer de la danse et ses étiquettes. Aussi, des aliments avec des agents de conservation, de l’emballage du tofu, de la géologie japonaise, du « touch and go » des avions dans une base militaire américain au Japon, de la géologie japonaise et des différences bizarres entre l’Asie et l’Europe.

Nous avons l’impression d’être devant une œuvre surréaliste, mais grâce à l’excellente maitrise du langage et des mots, on se sent plutôt amené avec subtilité vers un sens politique sous-jacent incarné par le souci du chorégraphe de mettre sur scène le quotidien des gens.

La rapidité avec laquelle le danseur passe d’un sujet à l’autre à travers la parole laisse peu temps à la réflexion profonde, mais pourtant on arrive à le suivre. L’interprète n’arrive jamais à terminer son idée, mais on peut quand même saisir un sens. L’on reste attentif et impliqué et parfois, on rit sans vraiment savoir pourquoi. Le créateur crée cet atemporalité de la signifiance et emporte mystérieusement le spectateur avec lui. Il nous guide à travers l’émotion et le fil de nos pensées. Le chorégraphe nous fait part d’un savoir-faire humoristique bien réfléchi.

 

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© Vanessa Fortin

Sur scène, le corps du danseur accompagne ses récits dans une suite de gestes très précis, remplis d’émotion et de matière vivante, tout comme dans les bases du butoh (une forme d’art caractérisée par l’introspection qu’elle met en scène avec lenteur et minimalisme). L’interprète est toujours très assumé, et malgré les divagations dans le texte et dans ses mouvements, témoigne d’une justesse et d’une rigueur physique et mentale.  L’intelligence des gestes apparemment simples, permet une lecture profonde qui révèle sa part de message.

Dans cette performance, on découvre que la danse est à la fois, le geste, l’immobilité, l’équilibre et le non équilibre, la présence, le regard et même les mots. Nous, en tant que spectateurs, on se glisse dans cet univers agréable à regarder et à vivre. Cette approche très incarnée du texte de la part chorégraphe Zan Yamashita, peut paraître paradoxale, mais elle est pourtant très cohérente et représente à mon avis un succès de la danse, car oui, j’oserai dire que c’est encore de la danse.

C’est avant tout une pièce fortement communicative, poétique, réflexive et d’avant-garde.  Une œuvre qui propose au spectateur de rentrer, d’une certaine manière, à travers le langage chorégraphique, dans la culture japonaise. C’est un spectacle qui présente une façon insolite de raconter et communiquer. Un rendez-vous pour découvrir la troisième génération du Butoh.

 

Namae Ga Nai, de Zan Yamashita, interprété par Kim Itoh. Dans le cadre de Dansu. À Tangente et à l’Agora de la danse, jusqu’au 28 octobre.

Auteur : Ariana Pirela Sánchez

Venezuelan lady. Professional contemporary dancer, writer, adventurous and dreamer. Passionnée de naissance, en mouvement par vocation et motivée par choix. Plein d'énergie, j'agis, j'apprends et je me transforme.

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