La disparition, une histoire de poésie

Félix-Antoine Boutin voulait disparaître. Et pour ce faire, il nous offre un spectacle qui serait un guide pour arriver à s’extraire de son individualité. Un poème vivant où le thème de l’effacement s’ouvre sur une infinité d’interprétation.

Félix Antoine est seul sur scène. « Je ne sais pas de qui je parle lorsque je prononce “je”» apparaît sur le mur derrière lui. Comme toutes les formules poétiques et réflexives du spectacle. Les textes projetés accompagnent l’auteur qui déclame  le vertige au sein de son identité. Les textes sont numérotés et hiérarchisés comme dans une liste. Des notes manuscrites en bleu cohabitent avec le reste, nous indiquant des chemins de réflexion, à suivre ou à ignorer.

Rien n’est imposé dans ce spectacle dont les séquences seraient autant de chapitres d’un recueil commençant chacun par Une histoire de…Des bouts de fiction qui invitent à plonger en soi pour faire le compte autant de ce qui existe et ce qui n’existe plus, dans un cimetière de souvenirs représenté par cet ensemble de petites pierres noires jonchant la scène. La scénographie est simple et en même temps lourde de sens. Elle amène le spectateur à sombrer dans un tourbillon de réflexion, cherchant à lire à travers une forêt d’images.

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© Khoa Lê

Fragile fondation

Sur la scène recouverte d’un tapis, on remarque ces mots gravés au sol « Je suis invisible ». Autour, de petites maisons dispersées ici et là. La maison, symbole de l’espace de vie où se forgent et se déconstruisent les identités. Lorsque Félix-Antoine met le feu à l’une de ces créations de papier ou qu’une autre s’écrase sur elle-même, on ne peut s’empêcher de voir la symbiose entre la conception scénique et les mots. L’identité étant cette chose poreuse et jamais figée, elle se réinvente constamment.

L’exercice intime auquel se livre l’auteur trace un chemin qui se révèle progressivement durant la performance. Les premiers mots tournent autour de l’instabilité du « Je » qui se meut tranquillement vers un « Tu », faisant face ainsi à un double qui s’échappe, qui marche à côté de soi. À la fin, le « nous » s’impose, dans la présence de multiple voix préenregistrées, l’apparition d’un groupe de personnes sur scène, mais aussi dans le lexique de la nature qui émerge, ainsi que l’idée d’une communauté.

Cette tentative d’abstraction de soi rejoint le jeu de Félix-Antoine qui livre le texte sur un ton désincarné, comme s’il était déjà absent, disparu. On se demande si c’était volontaire et surtout si cela marche, car le caractère poétique de l’oeuvre appelle à une certaine émotion. Celle-ci est bien présente dans les mots, mais le texte se suffit-il à lui-même? Il y a une douleur latente et une idée de perte dans la disparation qui ne se dévoile pas assez. Même si c’est pour se fondre dans une collectivité. Une dualité dans l’identité qui est juste nommée et non incarnée. Par contre, on ne peut blâmer le côté philosophique de l’oeuvre qui offre de magnifiques dédales à la pensée.

Petit guide pour disparaître doucement, conception d’Odile Gamache et de Félix-Antoine Boutin. Présenté à la Chapelle Scènes Contemporaines. Du 17 au 21 octobre.

 

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