Félix-Antoine Boutin et son désir de disparaître

Après un passage au festival Actoral à Marseille et Montréal en 2016, Petit guide pour disparaître doucement revient pour quelques jours à La Chapelle Scènes Contemporaines. Son créateur, Félix-Antoine Boutin nous lance cette invitation, effacer l’individu au profit de la collectivité. 

« C’est une sorte de conférence un peu métaphysique à laquelle les spectateurs vont assister. » La tentative est celle de disparaître sur scène. Un questionnement qui a accompagné l’auteur de Koalas et Un animal (mort) durant deux années de réflexion au centre de recherche L’L à Bruxelles. Un travail philosophique qui prend vie sur scène avec la complicité de la scénographe Odile Gamache.

Dans ce spectacle, il y a une confrontation entre le soi et le collectif, inspiré d’un contexte de fracture identitaire. Nos enjeux sociétaux contemporains n’ont jamais été aussi marqués par cette dualité entre le bonheur individuel et le bien-être collectif. « Je me posais la question de savoir comment s’effacer au sein d’un groupe pour tenter d’avoir une empathie plus grande que lorsqu’on pense à notre identité propre. » On définit et déconstruit en même temps le « Je » au profit du « Nous ».

Hybridité des formes

Transposer sur scène des années d’intectualité, que l’on pourrait à tort associer à de la théorie, peut être un défi. « C’est souvent difficile de créer, mais j’ai toujours une optique de recherche dans mes œuvres. Le produit fini n’est jamais fini. » On pense à l’idée de transformation qui traversait Un animal (mort), et dont Petit guide pour disparaître doucement est en quelque sorte une continuité.

Deux ans de travail donnent tout de même du matériel riche et Félix-Antoine évoque le casse-tête pour Odile Gamache et lui-même afin d’en ressortir une dramaturgie autant scénographique que textuelle. Une mise en scène qui relève un peu d’une métaphore existentielle. « On peut penser à une trame qui est plus de l’ordre de la performance visuelle que d’une pièce de théâtre à proprement dit, avec une histoire. Il y a une approche poétique dans la dramaturgie. » Sa réflexion philosophique autour de l’identité passe aussi par de petites fictions que racontent Félix-Antoine, qui joue son propre rôle.

 Le désir

La conception de ces images autour de la disparition ne donne pas de réponses figées, malgré la notion de guide. Le mode d’emploi est ouvert et la réflexion est partagée avec le spectateur. « En allant vers la poésie, je peux créer des hypothèses qui restent ouvertes à l’interprétation. Ce sont davantage des réponses poétiques que des réponses concrètes. »

Tout est une question de désir et de tentative, l’essence même de la recherche, qu’elle soit scientifique ou artistique. Pour cette deuxième série de représentations, Félix-Antoine n’a pas voulu altérer le résultat de son travail, malgré une légère adaptation pour l’espace de La Chapelle. « Quand tu reviens un an plus tard sur une création, tout te tape sur les nerfs, on essaie de tout réparer et finalement, il y a quelque chose d’aseptisé qui en sort. Mais j’essaie de garder la pureté du premier geste avec toute sa maladresse et sa beauté. »

En marge des représentations, les Éditions Triptyque publieront un livre rassemblant les trois textes de Félix-Antoine Boutin, soient Koalas, Un animal (mort) et Petit guide pour disparaître doucement dans sa nouvelle collection théâtrale « Matériaux ».

 

Petit guide pour disparaître doucement, conception d’Odile Gamache et de Félix-Antoine Boutin. Présenté à la Chapelle Scènes Contemporaines. Du 17 au 21 octobre.

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