Le tableau vivant de Marie Chouinard

À la demande de la Jherominus Bosh 500 Foundation, la chorégraphe Marie Chouinard a créé en 2016 une pièce en l’honneur du célèbre peintre Jérôme Bosch. Présenté pour la première fois à Montréal, cette création épouse le triptyque Le jardins des délices, dans une beauté fidèle et fascinante.

C’est sur une vidéo du tableau impressionnant de Jérôme Bosch que le premier regard se pose. Les panneaux s’ouvrent pour laisser voir apparaître le fameux triptyque, impressionnant dans sa grandeur. Devant nos yeux, les trois actes du spectacle se dessinent, chacun associé à un panneau. L’ordre est subversif. La chorégraphe choisit d’abord de donner vie aux Jardins des délices (au centre), de poursuivre avec L’enfer (à gauche) et de clore avec Le paradis (à droite). Dans cette danse en trois temps, Marie Chouinard révèle avant tout, son amour et son admiration pour le peintre. On pourrait lui reprocher de s’être trop collée à l’univers fantasmagorique du Bosch, mais il s’agit clairement d’un choix assumé. Une certaine modestie.

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© Silvie-Ann Paré

Les corps poudrés des dix danseurs offrent une image saisissante alors qu’ils reproduisent dans un rythme soutenu, les personnages du Jardin des délices. Ils ont ce teint cadavérique inquiétant qui tranche avec une douceur enfantine.  De part et d’autre de la scène, des écrans circulaires projettent les images reproduites, les détails du tableau impossible à saisir d’un coup dans son ensemble. Très pictural comme séquence, surtout dans les moments où les danseurs « posent ». Néanmoins, cela ne dure jamais trop longtemps. Dans un souffle de vie, ils s’animent – et avec eux, le tableau – se courent après, s’élancent dans des courses débridées, imposant à l’esprit la dualité entre le jeu et la séduction.

Cette même fièvre se retrouve dans le second acte, mais dans une libération folle qui offre un contraste avec le reste du spectacle. Chouinard fait moins de place à la danse pour laisser s’exprimer une dramaturgie chaotique et grotesque, fidèle au goût pour l’étrangeté de Bosch. Là encore, toujours l’idée du jeu, mais tendant plus du côté de l’horrifique. Les danseurs se déguisent, crient comme des damnés, font corps avec les objets dispersés sur scène, se transformant en petits monstres. Sur les écrans latéraux, les images de ce panneau défilent en continu. La musique électroacoustique de Louis Dufort ajoute à ce désordre une touche d’aliénation et de métamorphose supplémentaire.

Il y a une sorte de retour au calme dans Le paradis, présentation d’Ève à Adam par Jésus, sous les traits d’une femme. On croit d’abord que ce sera une scène pour trois danseurs, mais les autres interprètes se glissent dans cette démultiplication des rôles. Moins impressionnant que les deux premiers actes, on souligne une simplicité voulue, arrangée autour de la musique qui devient plus sporadique. Des sons plus naturels se font entendre : l’eau qui coule, le souffle du vent, le bruit des oiseaux. Les mouvements individuels ressortent plus et l’absence d’artifice accentue la gravité et la spiritualité de l’acte. Retour à la douceur.

En reprenant les motifs de Bosch et en y associant son ingéniosité, Marie Chouinard a réussi, sans trop en faire, cette transposition d’un tableau dense en ballet et en musique. Un hommage qui nous invite à jouer, à laisser notre imaginaire vagabonder, à vivre un mythe et à en ressortir ébloui.

Bosch: Le jardin des délices est présenté au Théâtre Maisonneuve jusqu’au 30 septembre. Dans le cadre de la saison de la compagnie Danse Danse.

 

© Photo de couverture: Nicolas Ruel

 

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