Les fulgurances d’Anne Plamondon

Mécaniques nocturnes est la deuxième création qu’Anne Plamondon signe à titre de chorégraphe. Cela marque aussi ses retrouvailles avec Marie Brassard, metteure en scène du spectacle. La rencontre des deux femmes donne un résultat à la hauteur des espérances, dévoilant ce qui réside à la base de tout: le désir. 

Dans ce solo, l’interprète avec sa vingtaine d’années de pratique, est puissante. Elle évolue sur la scène comme sur un champ de bataille, en tension. Elle apparaît et disparaît sur une scène pourvue d’une barre horizontale au centre et d’un échafaudage. Les jeux de lumières participent à la rendre insaisissable et à rendre le spectateur  aussi intuitif qu’elle.

Lumière. Elle traîne des sacs de sable pour fixer les pieds de la barre. Noir. La récurrence de cet effet reviendra tout au long de la création dévoilant Anna Plamondon d’abord dans des mouvements travaillés avec une extrême lenteur. L’immobilité ajoute une touche photographique lorsqu’elle se fige complètement. On la découvre aussi acrobate dans sa manière de se suspendre à la barre ou à l’échafaudage. Ou dans ses jeux d’équilibre sur ses pointes.

Il y a une réelle relation entre le corps de la danseuse et les structures sur scène. Une relation presque amoureuse dévoilant une patiente préparation aux enchaînements suivants qui sont plus de l’ordre de cette intuition dont veut se rapprocher la chorégraphe. La lenteur est propice à laisser apparaître en pleine lumière ce qui est latent, prêt à naître. Comme certes, l’acte de créer et de construire, mais aussi l’acte d’abandon.

AnnePlamondon_01032017_5 photo©Michael Slobodian

© Miachael Slobodian

Les mécanismes

C’est aussi un tableau chorégraphique que nous propose Anne Plamondon. Les enchaînements naissent d’eux-mêmes comme un langage oublié, mais qui se déchaîne sans retenue. Pourtant, les langages chorégraphiques présents dans la pièce sont multiples. Les techniques de ballet épousent ceux du contemporain et sont traversés par des inspirations urbaines. Les séquences en lenteur sont entrecoupées de moments de fulgurances où le corps dansant s’approprie l’espace.

Et qu’il est beau ce corps dans sa dextérité comme dans sa fatigue, car si on apprécie les prouesses techniques de la danseuse, on aime aussi ses petits gestes récurrents qui parlent de sensibilité: s’auto-bercer, se prendre le visage entre les mains. Ils sont à peine perceptibles, mais ponctuent la chorégraphie tel un rappel de la fragilité de se mettre à risque.

Les couches de ce tableau sont là pour rendre le spectacle grave et en même temps étrangement libéré. Le changement de ton musical renforce ce sentiment. Du début électrique rock aux passages jazzy jusqu’aux sonorités plus classiques, l’émotion voyage par touche imagée. Par suggestion. Comme les quelques projections visuelles qui n’ont pas en apparence, de lien entre elles, mais évoquent autant l’idée de construction que de destruction. Par contre, pour certaines d’entres elles, la raison de leur présence nous échappe.

Cette notion de chantier est bien présente dans la mise en scène avec ces structures industrielles, mais aussi dans la recherche de mouvement qu’on déconstruit afin d’en révéler l’essence. La vie même est un chantier et c’est quelque chose que les deux complices arrivent à transmettre, avec toute la profondeur du monde.

Mécaniques nocturnes est présenté à l’Agora de la danse au Wilder jusqu’au 23 septembre.

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