Elex et Orbite: Seul et ensemble

Parmi les propositions émergentes du ZH Festival, le 26 juillet dernier, on a assisté à deux créations uniques. Une performance portant un regard sur le soi et une chorégraphie sur le rapport entre deux corps magnétiques.

La pièce Elex qui met en scène Sophie Levasseur, accompagnée de Philippe Vandal à la musique et Francis Binet aux visuels, relève plus de l’abstraction que du concret. L’interprète n’est apparue devant le public qu’après la projection d’un extrait où elle performe près d’un chemin de fer, le visage caché par ses cheveux. C’est ainsi qu’elle arrive sur scène, où elle reprend les mêmes codes de mouvements, tandis que la musique électroacoustique instaure une gravité dérangeante et que les images se font de plus en plus conceptuelles.

Elex_JulesBedard

© Jules Bédard

En regardant le corps de Levasseur évoluer dans l’espace, on remarque l’intériorité associée à ses gestes qui se font tous vers l’intérieur. Pas de mouvements amples ni détendus. Elle exprime un repli sur soi dans des postures asynchrones qui se basent sur une tension qui se propage jusqu’à nous. On n’assiste pas à un déploiement du corps, mais à comment celui-ci essaie de faire qu’un avec l’espace, à devenir une matière que l’on modèle, tantôt à la recherche d’une fluidité, tantôt dans une sorte de captivité.

L’atmosphère dans lequel se trouve le spectateur est celui du malaise grandissant et d’une extrême conscience des capacités du corps qui s’active devant nos yeux. Nous sommes sollicités par le son éloigné des mélodies traditionnelles – travaillant autrement le sonore –  par des projections et par ce corps souvent suspendu entre deux états. Les artistes ont su transmettre au public leur angoisse et leur questionnement, en nous guidant savamment dans cette exploration qui a su attiser notre curiosité.

Les lois de l’attraction

Une autre conception de l’espace ressort du second spectacle de la soirée avec la pièce Orbite créée par Marie-Reine Kabasha et Christina Paquette, qui en sont aussi les interprètes. Il s’agit non plus de renfermement sur soi, mais de deux êtres qui évoluent l’un autour de l’autre, s’attirant inexorablement et se touchant que très rarement. Les deux réalités qu’elles incarnent ne se destinent pas à se fusionner, mais à cohabiter et à se compléter. Leurs déplacements constamment en cercle pointe l’image qu’elles forment ensemble une étoile binaire.

Orbite_JulesBedard

© Jules Bédard

Kabasha et Paquette investissent grandement l’espace avec un langage du corps contemporain, mais laissant voir leurs influences de danse urbaine. D’ailleurs, les deux artistes ont été découvertes lors du festival de danse 100lux. Leur gestuelle décomplexée donne à voir un mélange d’instants saccadés et de douceur qui ajoute une touche de poésie à la création. Le tout se mariant parfaitement avec la musique signée Benjamin Prescott La Rue.

Il y a quelque chose de lyrique dans les enchaînements que les deux danseuses exécutent et dans leur relation aimantée. La séquence finale est venue clore un spectacle maitrisé de bout en bout. Elle est forte cette image où elles se retrouvent pour la première fois sur le même plan face à nous, dans un filet de lumière, mettant plus en évidence Marie-Reine qui exprime un abandon touchant. Le laisser-aller qui travers Orbite rend le rendu sensible et attachant, en plus de faire découvrir deux interprètes talentueuses.

Elex et Orbite ont été présentés à la Maison de la culture de Maisonneuve le 26 juillet dernier dans le cadre du ZH festival.

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