Above genders: la danse androgyne

L’interprète Catherine Thibault signe une première création, Above genders, qu’elle présente dans le cadre du ZH festival, dont l’édition 2017 a débuté vendredi dernier. On retrouve dans cette chorégraphie une recherche thématique sur la question du genre en danse contemporaine.

Celle qui a eu l’occasion de faire un stage au sein de la renommée compagnie contemporaine Batsheva vient pourtant d’un milieu très classique où les rapports de genre l’ont toujours interpellée. Elle donne en entrevue l’exemple des exercices spécifiques aux filles et aux garçons en ballet. D’où son attirance pour la danse contemporaine plus ouverte à la réflexion sur le genre. C’est de ce questionnement qu’est né ce premier travail.  « On propose une recherche sur l’androgynie du mouvement. On veut créer un safe space dans la création, dans les représentations et on veut inciter le public à venir assister à notre performance comme il le désire. » C’est-à-dire, pas de gradins ou de chaises, mais un espace libre où le public évolue à sa guise.

Les sept interprètes seront accompagnés de quatre performeurs qui agissent tels des alliés. « Comme c’est une performance immersive et que le public est dans l’espace de jeu, des interactions entre le public et les danseurs sont prévues. Pour ne pas brusquer, confronter ou rendre mal à l’aise les spectateurs, les actions seront orchestrées de cette façon : danseurs-performeurs, danseurs-public. » Selon Catherine, cela touche en quelque sorte à la notion de consentement, l’objectif étant de créer un lieu de confiance avec les spectateurs.

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© Courtoisie Catherine Thibault

S’approprier les codes

Dans Above genders, la chorégraphe explore la dichotomie de plusieurs concepts tout en essayant d’en atténuer les contours. Les interprètes se partagent les rôles sans égard au sexe. D’ailleurs, le spectacle est la continuité de leurs processus de création, basés sur l’improvisation. « On avait des papiers avec des actions et d’autres avec des parties du corps et on les joignait ensemble. Ça faisait en sorte qu’on avait des mouvements très neutres, qui ne sont pas teintés de choses apprises en société. » Il s’agit de questionner les rapports personnels de chacun dans l’apprentissage en danse et par conséquent, l’apprentissage des codes sociaux.

Avec le corps comme point d’ancrage, Above genders s’intéresse aux couples féminité et masculinité, ambiguïté et neutralité, abstraction et fantasme. « Ce sont tous des concepts qui viennent se placer en nous. Pourquoi ils paraissent à certaines situations et pas à d’autres ? Je pense qu’il y a des concepts universaux qui traversent le genre et la danse. » C’est ainsi que transparait l’androgynie dans l’acte de créer. De ce fait, tous les danseurs utilisent les mêmes accessoires. Par exemple, les hommes porteront également des talons hauts et des perruques au même titre que les femmes.

Above genders, au-dessus du genre. C’est en regardant Mr Gaga, sur les pas d’Ohad Naharin, le fondateur de la compagnie Batsheva, que le titre est venu à Catherine. « La danse est au-dessus du genre technique et biologique. Que ce soit la salsa, le ballet, danser dans les bars, c’est juste de la danse. Je veux avant tout créer quelque chose d’humain et de naturel. Tout le monde peut danser et c’est ça qui rassemble les gens. » Mélangeant musique et arts numériques, le spectacle lui-même se réclame un lieu sans codes et d’expression libérée.

Above genders, en programme double avec Normal desires d’Emile Pineault. Maison de la culture de Maisonneuve. 12 juillet.

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