Légitimer la danse urbaine

L’organisme à but non lucratif 100lux a remporté Le prix de la relève – Caisse de la caisse de la culture 2017, le 8 juin dernier. Après cinq d’existence, l’organisation s’est imposée comme un organe artistique important dans le milieu de la danse urbaine, avec la mission de promouvoir et de professionnaliser celle-ci.

Les débuts n’ont pas été de tout repos pour 100lux fondé en 2012 par les danseuses urbaines Axelle Munezero et Martine Bruneau. Elles se sont longtemps cogné à des portes closes avant d’avoir accès à des opportunités. Remporter cette bourse est un honneur souligne Axelle. Le prix aidera certainement à paver le chemin des cinq prochaines années croit-elle, mais qu’en est-il des cinq qui viennent de s’écouler?

« Au départ, la mission de 100lux était de prouver au public, aux institutions et aux danseurs que la danse urbaine était valable sur scène, parce qu’il y en a beaucoup qui disait que ça devait rester dans la rue, que ce n’était pas un art », raconte Axelle. C’est à travers les soirées 100lux – présentations d’oeuvres chorégraphiques – et un festival annuel que ce mandat s’échelonne.

Au début de l’année 2017, un deuxième objectif a vu le jour dans la mise sur pied de l’espace Sans Luxe, un lieu d’échange et d’entrainement. L’initiative consistait à offrir une structure à une discipline qui en apparence, n’en a pas, avec le but de former des professionnels.  « Pour ce modèle, on s’est inspiré de comment nos pairs et nous, avons appris, explique Axelle. On s’est entrainés beaucoup, ce n’était pas des cours. Ce sont des danses autodidactes. » L’espace Sans Luxe apporte aussi un côté historique et archivistique avec les différentes conférences organisées avec des pionniers du milieu. Pour les danseurs, il s’agit de trouver leur identité à travers l’histoire de la danse urbaine montréalaise, qui existe bien, à l’instar de celle de New-York ou de Los Angeles.

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© Courtoisie Axelle Munezero

Dans la rue ou sur la scène

Le débat entourant la définition de la danse urbaine a lieu au sein même de la communauté. Les chorégraphes ont du mal à s’entendre sur une appellation entre danse de rue et danse urbaine. « Danse de rue, c’est quelque chose qui se fait dans la rue. Mais vu que ça s’est commercialisé et qu’on fait ça dans des studios, on l’appelle autrement. Théoriquement, on n’est plus dans la rue », avance Axelle. Ce n’est pas cet enjeu qui intéresse celle qui, avec une équipe bénévole de danseurs, porte à bout de bras 100lux. « La danse urbaine pour moi, ce sont des danses qui s’inscrivent dans l’individualité de la personne. On te donne une structure et ton but c’est de la défaire et d’y trouver ton identité », dit-elle.

Une identité qui s’exprime de façon unique dans chaque courant de cette pratique, la plupart d’entre eux ayant été développés dans les années 70, sauf le Krump qui est né dans les années 2000. Les couleurs sont différentes d’un courant à l’autre, donc d’une personnalité de danseur à l’autre. La sensualité dans le Waacking, la folie funk dans le Popping ou l’exutoire à la colère dans le Krump. Il existe une dizaine de styles associés à l’histoire de la danse urbaine. Documenter ces genres avec leurs déclinaisons locales fait partie des missions de 100lux. Le court-métrage Hot mess, réalisé par María Múnera dresse un portrait de la scène de Waacking montréalais a été présenté à l’une des soirées de l’espace en janvier dernier.

Institutionnaliser la danse urbaine

Tenter de professionnaliser une discipline amène la réflexion sur la place de cette discipline au sein des institutions. C’est une question sur laquelle 100lux ne se positionne pas encore, même avec l’ouverture de l’espace qui agit comme un cadre d’enseignement. Il ne faut pas brusquer la scène selon Axelle. « Il faut qu’on réfléchisse tous ensemble à comment et où on veut que la danse urbaine se développe. Et comment on va la structure s’il faut la structurer. »

Pourtant, elle exprime des souhaits: la reconnaissance de la danse urbaine comme un art et la construction d’un édifice qui lui serait consacré. « Un lieu d’expression où on pourrait avoir une salle de spectacle, un programme de formation à notre image, et garder la touche médiation culturelle qui est très forte en danse urbaine, c’est à dire aller dans les communautés, dans les quartiers », développe-t-elle. Des projets qui sont pour l’instant à l’état du rêve, l’important pour l’organisme étant de consolider leurs réalisations. Une semaine d’ateliers intensifs aura lieu du 3 au 8 juillet pour tout amateur de danse urbaine, chaque journée permettant de découvrir un style différent, grâce à des cours théoriques et techniques.

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