Caída del cielo: féminité combative

Parmi les artistes internationaux que le FTA a invités cette année, il y a Rocío Molina, une danseuse et chorégraphe espagnole qui ose, réinvente, s’approprie. Elle donne à voir dans Caída del cielo créé en 2016, un flamenco moderne et explosif, qui sort des sentiers battus.

Elle est peut-être seule à danser, mais elle ne l’est pas sur scène. Quatre musiciens multi-instrumentistes accompagnent Molina dans ce voyage entre traditions et transformations. Ils la précèdent d’ailleurs nous donnant un avant-goût instrumental électrique, avant qu’elle n’apparaisse, vêtue d’une robe blanche à volants et à traîne. C’est ensuite dans un silence complet qu’elle commence, sensuelle dans ses mouvements lents, sorte d’ange immaculé.

Dans cette prémisse, on retrouve le côté folklorique du flamenco, mais très vite teinté d’une gestuelle contemporaine, avec des enchaînements au sol, ce qui ne se fait pas dans la danse traditionnelle. Sa robe, symbole de sa féminité devient instrument de la chorégraphie lorsqu’elle s’enroule dedans, que celle-ci devient tapis, outil de déplacement, de subversion.

Cette féminité se retrouve en dualité avec ce qu’elle dégage après son premier changement de costumes. Habillée d’un justaucorps, avec des protège-genoux, elle s’élance, agile, à travers son espace de jeu, n’hésite pas à se lancer par terre. Son corps est atteint d’une énergie agressive avec laquelle elle transmet une émotion solennelle.

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Une certaine masculinité pointe alors qu’elle enfile un harnais et qu’une de ses complices lui accroche un sac de chips entre les jambes. Ce tableau, humoristique et autodérisoire, montre bien la place de la musique dans le spectacle. Un lien particulier se crée entre le guitariste et la danseuse, comme si la musique s’emparait de sa volonté. Ceci est encore plus vrai lorsqu’elle danse au son du chant évocateur de José Angel Carmona ou que les musiciens l’entourent et lui donnent le rythme en tapant des mains. La performance prend parfois des allures de concert de rock, où se côtoient, percussions, guitares acoustiques et électriques. 

Autre image contrastante est le moment où Molina enfile une jupe de plastique trempée dans la peinture. Cette séquence s’exécute majoritairement au sol et ce qui se passe au scène est projeté en plongée sur un écran. Exit l’ange immaculé. La beauté n’est pas une chose sacrée. On a ici une jeune femme qui met en avant-plan ses techniques créatives, sa force de danseuse. L’ange tombée du ciel, qui retourne à la terre. À ses racines à qui elle insuffle sa vision. 

Caída del cielo est un spectacle construit autour de vagues de ressenti. Molina alterne entre les moments de pure frénésie et une lenteur presque cérémonieuse où le spectateur a l’occasion de décortiquer avec elle les nuances de ses mouvements, d’apprécier l’expression artistique d’une danse chargée d’histoire, ancienne et nouvelle. Et surtout de découvrir une artiste subjuguante. Les trois minutes d’applaudissements à la fin étaient amplement méritées. Le spectacle a été primé aux Prix Max, événement célébrant les arts de la scène en Espagne.

Caída del cielo est présenté au Monument-National, les 7 et 8 juin, dans le cadre du festival TransAmériques. 

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