Exhibition – L’exhibition : Dérive conceptuelle

Se défaire des courroies de la compréhension immédiate, voici ce que proposait Exhibition – L’exhibition présenté dans le cadre du FTA jusqu’au 5 juin. Un spectacle, pas vraiment. Plutôt une expérimentation, une entrée indiscrète dans la tête d’Emmanuel Schwartz et des co-auteurs de ce récit. Benoit Gob, acteur-danseur et plasticien et Francis La Haye, comédien et danseur, qui lui servent de cobayes dans ce faux « bordel ».

 À mi-chemin entre l’art et la science, dit-on. Entre la fiction et le documentaire. Une pièce carrée avec des murs recouverts de plastique. En son centre, un dispositif avec des capteurs de lumières. Nous sommes une centaine autour de l’installation qui attendent « que quelque chose se passe ». Le spectacle a-t-il commencé?

« Le spectateur pourrait ne pas aller s’asseoir ? » Personne n’a saisi la perche lors de la première. Quelle possibilité de création aurait pu voir le jour si quelques-uns parmi nous étaient restés sur ce qui s’est révélé par la suite être la scène? Aurions-nous eu le droit « d’essayer » la machine à extraire la pensée autour de laquelle est basée cette performance, de pouvoir saisir et ressentir ce qui n’est pas encore tout à fait là ? On a manqué d’audace.

Nous avons préféré servir de témoins. Spectateurs d’un essai, d’une tentative intime de dire quelque chose autrement. Et en même temps de manière très familière, car le spectacle est divisé selon une structure théâtrale, dans laquelle nos protagonistes se dévoilent, sous la voix de Christel Olislagers. Cette voix préenregistrée prend beaucoup de place, jusqu’à parfois détourner notre attention de ce qui se passe sur scène.

Elle ne nous quitte pas, du prologue à l’épilogue, incarnation de cette machine qui pense. Celle-là même qui traduit les préoccupations des trois artistes, leur rapport à leur art, leur raison d’être, les questionnements à rendre fou, la capacité à se projeter hors de ce monde, à imaginer une fin grandiose Elle est la seule chose qu’on entendra, cette voix qui nous annonce jusqu’à la fin que le spectacle commence, mais est-ce le cas, même maintenant ?

01_Lexhibition_cr_Christel-Olislagers_MAB© Christel Olislagers

Exhibition – L’exhibition appelle à un pacte entre spectateurs et créateurs, celui de recevoir à bras ouverts l’insaisissable. « Être perdu, c’est le propos même. » Et on l’est tous un peu, perdus. Face à l’inconnu, à ce qui échappe à notre esprit, à notre contrôle. Qu’on est vulnérable à ce moment-là! C’est à ce jeu de mise à nu qu’on a assisté. Surtout lorsque les voix préenregistrées de Benoit, d’Emmanuel et de Francis remplacent tour à tour celle de Olislagers. Chacun se prêtant au dévoilement d’une partie de lui. Chaque bout d’histoire savamment accompagné par les arrangements sonores de La Haye. Un moment marquant reste de voir Schwartz faire ses accords sur Time d’Hans Zimmer.

Oui, ils se sont exhibés durant les trois actes de la performance avec leurs peurs et leurs colères. Mais comme le titre à la signification double le suggère, il s’agit d’une sorte d’exposition. Dans la manière dont les acteurs traversent un acte à l’autre, très immobiles dans les premiers moments et puisant dans la danse contemporaine ensuite. La scénographie et l’agencement des éléments visuels – des formes abstraites et géométriques projetés sur un rideau de plastique – transforment les comédiens en des œuvres d’art, des marionnettes faites de pierres précieuses.

Exhibition – L’exhibition a été présenté dans le cadre du Festival TransAmériques du 2 au 5 juin au Monument-National.

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