Le poids de l’histoire

Présenté en simultané dans le cadre du OFFTA et de Scène contemporaine autochtone, Je me souviens réunit des performances intimes et engagées d’artistes autochtones. Retour sur la première soirée de deux, où la recherche d’identité traverse l’ensemble des propositions.

Dans la tradition Mohawk, une ainée livre un mot de remerciement avant toute célébration. C’est ainsi qu’Amelia McGregor accueille le public qui sera plongé dans 6 tableaux courts et percutants sur fond d’animations vidéo illustrées par Meky Ottawa sous la direction sonore de Jackie Gallant. Les artistes se sont succédé, livrant leurs créations majoritairement en anglais, dans une sorte d’avant-goût créatif.

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Nina Segalowitz

© Adriàn Morillo

Nina Segalowitz, artiste inuit  nous partage son histoire, seule au milieu de la scène. At the age of nine, I was stolen. Placée dans une famille juive de classe moyenne, l’enfant aurait droit à une meilleure éducation, une meilleure vie. C’est la justification du gouvernement Canadien. Plus ses mots emplissent l’espace, plus on fait la connaissance d’une femme qui a passé sa vie dans une quête de soi. De cette première rencontre avec une personne native à l’âge de 18 ans jusqu’à aujourd’hui. C’est aussi à cet instant, dans l’exploration des coutumes qu’elle n’a jamais connues qu’elle est devenue une artiste accomplie. A la fin de son récit, munie de son tambour en peau de cheval, elle nous offre un puissant chant de gorge, un cri, un appel.

Le comédien originaire de Mashteuiatsh, Marco Collin, a pour sa part déclamé son texte Speak red. Une version personnelle et collective du célèbre poème Speak White de Michèle Lalonde. Une version ancrée dans une revendication d’écoute et de compréhension. Plusieurs voix prennent part à la performance, en langue innue, crie, atikamekw, entre autres. C’est avant tout la langue humaine qui se fait entendre dans ces mots familiers et qu’on redécouvre pourtant, sous un autre jour.

La recherche avait également sa place dans cette soirée. Deux membres du collectif ReCollection Kahnawake Collective, se sont confiés sur leur projet documentaire. Se voyant un peu comme des chercheurs d’histoire, ils travaillent à la construction d’une pièce de théâtre prévue pour 2019, à partir de la collecte d’histoires orales. Un extrait audio de cette recherche artistique a suivi leur conférence-éclair sur la démarche communautaire derrière la performance.

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Nadia Myre

© Adriàn Morillo

Nadia Myre, artiste algonquine et la dramaturge Johanna Nutter deviennent nos hôtes pour un théâtre-documentaire. Elles s’introduisent de manière originale, simulant une entrevue alors qu’une jeune femme retranscrit leur conversation sur une vieille machine à écrire. On apprend ainsi leur rencontre, ce qui les a liées et les a poussées à recueillir des témoignages de six personnes ayant des origines métisses dont autochtones. Et à en faire une pièce jouée par des non comédiens. Comme les six volontaires qui ont accepté de monter sur scène et d’incarner ces mots où il est question de cette tension entre les nombreuses cultures qui peuvent nous habiter. Quelle part de nous-mêmes doit-on embrasser? Le questionnement trouve encore plus de sens lorsque le rejet vient de la culture que l’on adopte.

L’artiste multidisciplinaire Carlos Riviera nous plonge dans une cérémonie de citoyenneté à sa sauce, analyse le peu de place que prend l’histoire des peuples autochtones dans l’ouvrage que doit consulter tout futur citoyen canadien. Tout cela, il le fait dans un mélange de déclamation et de performance contemporaine. Le mouvement est l’expression d’une révolte sourde et d’une consternation, mais aussi une fierté du potentiel de création des artistes indigènes.

Buffalo Hat Singers sont un groupe de cinq chanteurs powwow contemporain. Trois d’entre eux seulement portent une casquette, mais tous ont cette puissance dans la voix et dans leur maniement du tambour et du staff, ce bâton traditionnellement orné. Leur prestation ont laissé dans l’air une extrême conscience et surtout d’une invitation. L’émotion qu’on nous tendait la main et qu’on l’était réellement dans cette idée de réconciliation.

Je me souviens

1 et 2 juin, Théâtre de la licorne

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