« Pour l’amour »

Samedi midi. Le soleil tape déjà sur la Place des festivals. C’est la deuxième journée de la performance Blank Placard Dance, replay présentée dans le cadre du Festival TransAmériques (FTA). Un réel contraste avec le temps gris et venteux du jour précédent.

Ils sont 30, tout de blanc vêtus, brandissant une pancarte elle-même blanche. Absente de mots. Ils manifestent silencieusement pendant trois heures avec une gravité dans la marche, le regard et la posture. Ils suivent un itinéraire. On ne peut s’empêcher de se rappeler cinq ans plus tôt que dans ces mêmes rues, sur ce même parcours, une manifestation devenait illégale si son itinéraire n’était pas connu des forces de l’ordre.

Des passants s’interrogent le temps d’une mini seconde, continuent leur chemin. D’autres s’arrêtent complètement cherchant des yeux qui serait susceptible de répondre à leur curiosité. C’est une performance artistique. En 1967, la chorégraphe américaine Anna Halprin crée un happening  dans les rues de San Francisco en réaction à la guerre du Vietnam. À l’époque, des danseurs du San Francisco Dancers Workshop y déambulent.

50 ans plus tard, ce sont les rues de Montréal qui sont investies par cette ré-appropriation de la chorégraphe Anne Collod qui mène elle-même la procession. La performance nous confronte à la réalité du geste contestataire et social. Nécessaire et en même temps trop vite oublié. Pour qui descendons-nous dans la rue aujourd’hui? « Pour l’amour », répond une passante. Il y a aussi le geste artistique qui prend place dans un lieu où il serait possiblement refréné et comme dit l’artiste, dans un espace qui n’est pas conçu pour la performance.

Il s’agit de (re)prendre possession de l’espace public et de montrer les multiples influences que l’art peut entretenir sur celui-ci et vice-versa. Montrer également que les codes peuvent être transformés, transgressés, remis en question.

Tout au long du parcours, des collecteurs recueillaient des slogans de la part des curieux sur de petits cartons rouges. Pensées, désirs, revendications, souhaits. Le tout devait être lu par les participants à la fin de leur périple aux Jardins Gamelins. Jardins qui est resté majoritairement indifférent à cette cohorte blanche.

BPDR23

En 2017, contre quoi devons-nous nous révolter? Quand faut-il briser le silence, le cercle de l’immobilisme? « Pour la paix au Yemen, contre le stress au travail, l’éducation pour tous, contre Trump, pour une plus grande diversité au théâtre et au cinéma, parce qu’au final we are one at the end. »

Le FTA a une fois de plus inscrit dans son programme une oeuvre déambulatoire qui laisse réfléchir, qui on l’espère sera reprise dans maintes villes, maintes rues dans le but de continuer à traduire par l’art nos élans protestataires. Marcher, on sait tous faire, encore faut-il savoir pourquoi.

© Photos: Rose Carine Henriquez

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